219 malfaiteurs arrêtés et 1 374 victimes identifiées lors de la Semaine d’action contre la traite d’êtres humains

24 juin 2024
L’opération Global Chain ciblait des cas d’exploitation sexuelle, de criminalité forcée et de mendicité forcée

LYON (France) – Une opération de grande envergure contre la traite d’êtres humains a mené à l’arrestation de 219 personnes et à l’identification de 1 374 victimes potentielles, donc 153 enfants, dans 39 pays.

L’opération Global Chain (3 - 9 juin 2024), pilotée par l’Autriche et coordonnée par la Roumanie, Europol, Frontex et INTERPOL, visait à démanteler les réseaux criminels les plus menaçants, en se concentrant sur les cas d’exploitation sexuelle, de criminalité forcée et de mendicité forcée.

Dans le cadre de l’opération, les autorités nationales étaient invitées à mener des activités ciblées dans leur pays respectif afin de faciliter la coopération transfrontalière et de sensibiliser le public. Des forces de police et des garde-frontières de plusieurs continents ont été mobilisés pour se concentrer sur les réseaux criminels se livrant à de la traite d’êtres humains, et notamment sur les affaires concernant des enfants victimes de ce type de criminalité.

Ouverture de 276 nouvelles enquêtes

Des agents ont mené des inspections dans les centres névralgiques du monde entier à la recherche de signes de trafic et de documents de voyage falsifiés. Des vérifications dans les bases de données mondiales d’INTERPOL ont abouti à 12 signalements positifs, dont deux personnes visées par des notices rouges.

Des agents ont travaillé ensemble dans un centre de coordination du siège de Frontex à Varsovie (Pologne) afin de recouper les données recueillies sur le terrain et de permettre l’échange d’informations entre les pays participants.

Au total, 276 nouvelles enquêtes ont été ouvertes à la suite de cette semaine d’action et 362 suspects supplémentaires ont été identifiés. Les autorités ont saisi 2 074 avoirs d’origine criminelle, tels que des espèces ou des appareils, et ont détecté 363 documents frauduleux.

Temps forts de l’opération

Dans une affaire particulièrement difficile, les autorités hongroises ont arrêté un couple de locaux suspecté d’exploiter sexuellement leurs six enfants et de les forcer à mendier dans la rue. Des experts psychologiques, médicaux et judiciaires sont intervenus et les enfants sont désormais pris en charge par les services de protection compétents.

En Irlande, des agents ont mené des activités de sensibilisation dans les lieux propices au trafic.
Les vérifications dans les bases de données mondiales d’INTERPOL ont abouti à 12 signalements positifs.
Inspections dans le cadre de l’opération Global Chain 2024
Opération Global Chain 2024
Les victimes ont été entendues et prises en charge par les services sociaux.
L’opération Global Chain ciblait des réseaux criminels se livrant à de la traite d’êtres humains.
Les autorités ont saisi 2 074 avoirs d’origine criminelle.
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Les autorités vietnamiennes ont mis au jour un système de traite d’êtres humains impliquant un interprète chinois travaillant pour une entreprise au Laos. Le suspect a attiré 14 personnes d’origine vietnamienne en leur promettant des emplois bien rémunérés à l’étranger, pour ensuite les forcer à créer de faux comptes en ligne en vue de réaliser des escroqueries financières. Les victimes travaillaient 12 heures par jour, voire 14 heures s’ils ne réussissaient pas à recruter d’autres personnes, et se faisaient confisquer leurs documents. Les familles ont dû payer jusqu’à 10 000 USD pour garantir leur retour au Viet Nam. Cette affaire met à nouveau en évidence la tendance portant sur la traite d’êtres humains aux fins d’escroquerie en ligne forcée, déjà détectée par INTERPOL en Asie du Sud-Est lors de l’opération STORM MAKERS en mars 2022, et plus tard dans d’autres régions, ce qui avait entraîné la publication d’une notice orange INTERPOL.

Des policiers roumains ont quant à eux arrêté un suspect qui recrutait des victimes mineures issues de milieux défavorisés, les exploitait sexuellement et les forçait également à mendier. Le trafiquant récupérait leurs gains et faisait usage de la violence physique pour contrôler ses victimes.

La Police nationale ukrainienne a démantelé un groupe criminel organisé ciblant des personnes vulnérables, en identifiant trois suspects qui exerçaient un contrôle sur une dizaine de victimes qu’ils forçaient à mendier. Dans une autre affaire, des policiers ont arrêté un individu suspecté de contraindre une personne en situation de handicap à un mariage blanc. La victime a été prise en charge par les autorités ukrainiennes.

Richard Chambers, directeur de la Criminalité organisée et des Nouvelles formes de criminalité à INTERPOL, a commenté les résultats de l’opération :

« Des opérations comme Global Chain montrent qu’aucun pays ni continent n’est épargné par le trafic et l’exploitation. Que l’infraction soit commise par un membre de la famille ou par un groupe criminel hautement organisé, les répercussions sur la victime sont dévastatrices. En tant que communauté de services chargés de l’application de la loi, nous sommes engagés à partager des renseignements indispensables, nécessaires pour traduire en justice les malfaiteurs. »

Jean-Philippe Lecouffe, directeur exécutif adjoint du Département des opérations d’Europol, a quant à lui déclaré :

« Une coopération étroite et efficace entre les services chargés de l’application de la loi et les autorités de protection des frontières au niveau international est essentielle pour cibler les personnes qui exploitent les plus vulnérables d’entre nous. Les résultats impressionnants obtenus cette année montrent qu’il vaut mieux lutter ensemble contre ces crimes ignobles. »

M. Lars Gerdes, directeur exécutif adjoint des Opérations à FRONTEX, a déclaré :

« La traite d’êtres humains est un crime odieux qui s’en prend aux personnes vulnérables et sape nos valeurs communes de dignité humaine et de liberté. La détection de ces infractions est extrêmement complexe en raison de l’absence fréquente de témoignages de victimes, ce qui entraîne un nombre très élevé de cas non signalés. C’est pourquoi notre coopération internationale est indispensable. »

La Semaine d’action a été menée sous l’égide de la plateforme pluridisciplinaire européenne contre les menaces criminelles (EMPACT), avec le soutien de EU4FAST et des projets Turquesa et I-FORCE d’INTERPOL.

Pays participants :

Albanie, Allemagne, Autriche, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Brésil, Bulgarie, Chypre, Colombie, Croatie, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Kosovo*, Lettonie, Lituanie, Macédoine du Nord, Malte, Moldova, Monténégro, Nigéria, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Thaïlande, Ukraine, Viet Nam.

* Cette désignation est sans préjudice des positions sur le statut et est conforme à la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité des Nations Unies ainsi qu’à l’avis de la CIJ sur la déclaration d’indépendance du Kosovo.