Un « hackathon » de la police met au jour des réseaux d’exploitation sexuelle sur des sites proposant du contenu par abonnement

19 juin 2026
Sept pays européens ont uni leurs forces pour dévoiler de nouvelles pistes concernant la traite d’êtres humains

LYON (France) – Les services chargés de l’application de la loi de sept pays européens ont uni leurs efforts lors d’un « hackathon » de quatre jours pour lutter contre un nouveau phénomène : les plateformes de contenu par abonnement utilisées pour faciliter la traite d’êtres humains et l’exploitation sexuelle.

L’opération CyberProtect III (19 - 22 mai 2026), organisée conjointement par INTERPOL et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a permis de recueillir des dizaines de nouvelles pistes, notamment en identifiant des profils de suspects, des victimes potentielles et des cas suspects.

Les réseaux criminels organisés ont de plus en plus recours à des sites proposant du contenu par abonnement, généralement à caractère sexuel explicite, pour recruter et exploiter sexuellement des femmes, des mineurs et des adultes vulnérables. Les victimes sont attirées par des promesses de revenus avant d’être contraintes de produire des contenus à caractère sexuel.

En février 2026, une notice mauve INTERPOL a été publiée pour attirer l’attention sur ce mode opératoire, par lequel le groupe criminel se fait passer pour une agence de mannequins légitime. Pourtant, une fois les victimes recrutées, les trafiquants prennent le contrôle de leur compte et s’approprient la majeure partie de leurs revenus, tout en exerçant une pression psychologique de plus en plus forte pour les contraindre à produire des contenus de plus en plus explicites.

CyberProtect-1.jpg
Seven European countries took part in Operation CyberProtect III.
CyberProtect-2.jpg
The ‘hackathon’ lasted four days.
CyberProtect-3.jpg
Police investigated subscription-based content platforms being used to facilitate human trafficking.
CyberProtect-4.jpg
The operation was co-organized by INTERPOL and OSCE.
CyberProtect-5.jpg
This modus operandi generally lures victims with promises of income before they are forced into exploitative content production.
CyberProtect-6.jpg
The term “e-pimping” refers to traffickers who use digital tools to orchestrate exploitation at scale.
CyberProtect-7.jpg
Recruiters using encrypted messaging platforms to target potential victims.
CyberProtect-8.jpg
The paywalled architecture of subscription sites enables traffickers to evade detection.
CyberProtect-9.jpg
34 suspicious cases and 27 potential victims were identified during the operation.
/

Hackathon : un format innovant pour la lutte des services chargés de l’application de la loi contre l’exploitation sexuelle

Lors de l’opération CyperProtect III, 14 agents des pays participants ont travaillé ensemble pour détecter les signaux d’alerte provenant de sites Web, de réseaux sociaux, d’applications de messagerie et de plateformes d’abonnement.

Dans le domaine de l’application de la loi, un « hackaton » désigne un événement ciblé au cours duquel les services de police collaborent pour trouver des solutions à un problème spécifique à l’aide d’outils numériques. L’opération a notamment permis d’identifier :

•    34 cas suspects
•    18 profils de suspects
•    27 victimes potentielles

Le modèle d’accès payant des sites par abonnement et leur langage codé permet aux trafiquants d’échapper à la détection, tandis que la fragmentation juridictionnelle et les difficultés liées à l’obtention de preuves entravent l’action des services chargés de l'application de la loi.

Les groupes criminels tirent également parti des plateformes en ligne pour commercialiser des programmes de coaching pour apprendre aux hommes à tirer profit de l’exploitation des femmes via des plateformes de contenu par abonnement. Cette nouvelle menace est communément appelée « e-pimping » (ou proxénétisme numérique), en référence aux trafiquants qui utilisent des outils numériques pour orchestrer une exploitation sexuelle à grande échelle.

En plus d’avoir mis au jour de nouvelles pistes, l’opération CyberProtect III a permis de mettre en évidence d’importantes conclusions et tendances, notamment :

•    De très nombreuses publicités mettent en scène des femmes mannequins d’Amérique du Sud, confirmant le rôle majeur de cette région dans l’exploitation sexuelle, réelle comme virtuelle.

•    Les recruteurs utilisent des plateformes de messagerie chiffrées pour cibler des victimes potentielles, notamment en sollicitant des photographies dénudées sans aucune vérification préalable de l’âge des personnes contactées.

•    Les comptes de créateurs de contenu sont achetés et vendus pour des sommes importantes. Un groupe de messagerie impliqué dans ce type d’activité contenait jusqu’à 28 000 publicités.

•    Les cryptomonnaies et les émojis en forme de diamants – pouvant être convertis en monnaies virtuelles – sont utilisés comme systèmes de paiement. Des prestations vendues à des prix extrêmement bas, jusqu’à 3 USD, ont été signalées pour 25 minutes de vidéo privée provenant d’un créateur de contenu.

•    Les réseaux sociaux sont utilisés par les proxénètes en ligne et les gestionnaires de comptes pour échanger leurs expériences et stratégies.

•    L’IA est utilisée pour générer de faux profils afin de compléter les opérations de contenu menées par des personnes réelles.

David Caunter, directeur de la lutte contre la criminalité organisée et les nouvelles formes de criminalité d’INTERPOL, a déclaré :

« En réunissant des policiers autour de cette approche collaborative, nous avons découvert des renseignements essentiels sur la manière dont les plateformes de contenu par abonnement sont utilisées pour exploiter des personnes vulnérables. Chaque identification de suspect ou de victime ouvre immédiatement de nouvelles pistes d’enquête et renforce notre capacité à démanteler ces réseaux criminels et à protéger les personnes les plus exposées. »

Note aux rédacteurs

L’opération, menée par INTERPOL et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a bénéficié du soutien de Cybercrime Atlas, de Diaconía, du rapporteur auprès du gouvernement des Pays-Bas sur la traite d’êtres humains et les violences sexuelles à l’encontre des enfants, d’Europol, du Group-IB, de META, de S2W, de STOP THE TRAFFIK et de TikTok.
Pays participants : Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Roumanie, Royaume-Uni, Suède et Ukraine