SINGAPOUR – Le Rapport d’évaluation des cybermenaces en Asie et dans le Pacifique Sud 2025/2026 révèle une augmentation spectaculaire de la cybercriminalité dans la région, due à la vitesse de la transformation numérique, aux nouvelles technologies et aux réseaux criminels de plus en plus organisés.
Couvrant la période allant de janvier 2024 à mars 2025, le rapport révèle que plus de la moitié des pays interrogés ont signalé que la cybercriminalité représentait désormais 30 % de toutes les infractions enregistrées au niveau national.
Les cyberescroqueries, telles que l’hameçonnage, sont devenues la forme de cybercriminalité la plus répandue et la plus néfaste sur le plan financier, 33 % des pays ayant signalé plus de 10 000 cas.
Neal Jetton, directeur de la Cybercriminalité à INTERPOL, a déclaré :
« Les conclusions de ce rapport illustrent l’évolution rapide de la menace cybercriminelle dans la région Asie et Pacifique Sud, où les cybercriminels exploitent à grande échelle l’intelligence artificielle, les modèles de rançongiciel en tant que service et les techniques avancées d’ingénierie sociale.
« Alors que l’adoption du numérique s’accélère dans la région, le renforcement de la coopération opérationnelle, du partage de l’information et de la cyberrésilience demeure essentiel pour protéger les populations et les infrastructures critiques. »
Nouvelles cybermenaces en Asie et Pacifique Sud
L’activité cybercriminelle dans la région s’est intensifiée parallèlement à une croissance sans précédent de la connectivité Internet, des services bancaires mobiles, de l’informatique en nuage et des services financiers numériques.
Les principales tendances soulignées dans le rapport sont les suivantes :
• Rançongiciels : plus de 135 000 attaques liées aux rançongiciels ont été recensées dans la région en 2024, affectant des secteurs tels que l’immobilier, l’industrie et les services financiers.
• Attaques par déni de service distribué : les attaques par déni de service distribué ont augmenté de 92 % en 2024 par rapport à l'année précédente.
• Activités criminelles liées à l’IA : les discussions portant sur les hypertrucages sur les forums cybercriminels et les chaînes Telegram populaires parmi les acteurs malveillants en Asie du Sud-Est ont augmenté de 600 % entre février et juin 2024.
• Hameçonnage : chaque mois, 5,5 personnes sur 1 000 dans la région ont cliqué sur des liens d’hameçonnage, soit environ deux fois la moyenne mondiale, les applications en nuage étant les principales cibles.
• Violations de données : en 2024, les intrusions dans les systèmes ont représenté environ 80 % de toutes les violations de données, les logiciels malveillants et les rançongiciels étant impliqués dans respectivement 83 % et 51 % des cas.
Entre janvier et décembre 2024, plus de 6,5 milliards de cybermenaces ont été détectées et atténuées dans la région Asie et Pacifique Sud, selon les données fournies par TrendAI, l’un des nombreux partenaires du secteur privé travaillant avec la Direction Cybercriminalité d’INTERPOL.
Enjeux pour les services chargés de l’application de la loi
Les services chargés de l’application de la loi de la région continuent de faire face à d’importants défis opérationnels et techniques. En effet, l’étude a mis en évidence des lacunes dans les outils de criminalistique spécialisés, des limitations dans l’accès aux formations ciblées sur la cybercriminalité et des insuffisances dans les capacités techniques.
Le rapport souligne également les disparités existant dans le niveau de maturité des dispositifs de cybersécurité dans la région. Alors que certains pays ont des cadres de cybersécurité solides et des capacités institutionnelles relativement avancées, de nombreux pays en développement et petits états insulaires continuent de faire face à d’importantes contraintes en matière de ressources et de capacités.
Les juridictions dotées de structures d’application fragmentées, de capacités techniques limitées et d’une législation plus faible demeurent particulièrement vulnérables aux actions criminelles.
Renforcer les réponses à la cybercriminalité
Malgré ces difficultés, la plupart des pays membres interrogés ont indiqué avoir pris des mesures proactives, notamment des campagnes de sensibilisation de la population et de perfectionnement du personnel des services chargés de l’application de la loi. En outre, 66,7 % des pays ont adopté des outils et des systèmes d’IA permettant l’analyse prédictive, la criminalistique numérique et la détection des menaces.
Plusieurs pays membres renforcent également leur législation nationale en matière de cybercriminalité et investissent dans les capacités de lutte contre la cybercriminalité, l’infrastructure de criminalistique numérique et les unités d’application de la loi spécialisées pour faire face aux cybermenaces de plus en plus sophistiquées.
Pour renforcer davantage les capacités de lutte contre la cybercriminalité dans la région, le rapport propose un certain nombre de mesures, notamment l’amélioration de la sécurité dans le nuage, la sensibilisation des utilisateurs aux menaces émergentes, le renforcement des capacités de réponse aux cyberincidents et l’amélioration du partage de renseignements en temps réel. Le rapport met également l’accent sur une approche englobant l’ensemble de la société et impliquant une collaboration entre les services chargés de l’application de la loi, les gouvernements, le secteur privé et la société civile pour détecter, déjouer et dissuader les activités cybercriminelles transfrontalières.
L’évaluation des cybermenaces en Asie et dans le Pacifique Sud a été préparée dans le cadre du projet d’Opérations conjointes de lutte contre la cybercriminalité dans la région Asie et Pacifique Sud (ASPJOC), financé par le Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni.
Le rapport s’appuie sur les informations fournies par 18 pays membres d’INTERPOL de la région Asie et Pacifique Sud, ainsi que sur les contributions de partenaires du secteur privé, des études de cas opérationnelles et une analyse des cybermenaces émergentes. Il s’inscrit dans une série d’évaluations régionales des cybermenaces réalisées par INTERPOL, dont des rapports couvrant l’Afrique.
