Un rapport d’INTERPOL met en évidence l’incidence du COVID-19 sur les abus pédosexuels

7 septembre 2020
Les mesures de lutte contre la pandémie influent sur le comportement des auteurs et des victimes de ces abus

LYON (France) – D’après une analyse d’INTERPOL, la sous-déclaration des abus pédosexuels et l’augmentation du partage de contenus mettant en scène l’exploitation d’enfants via des réseaux pair à pair sont au nombre des effets de la pandémie de COVID 19.

Le rapport fait ressortir les tendances et les menaces dans le contexte actuel par rapport aux mesures prises avant la pandémie, leurs effets à court terme et les évolutions probables liées à l’adaptation des restrictions imposées pour faire face au COVID 19.

« Ce rapport montre que nous ne voyons que la partie émergée d’un iceberg en pleine expansion, s’agissant des contenus mettant en scène l’exploitation d’enfants sur Internet. » Jürgen Stock, Secrétaire Général d’INTERPOL

« Il ne faut jamais oublier que chaque photo ou vidéo montrant des abus pédosexuels constitue une preuve d’une infraction réelle qui concerne des enfants réels. Chaque fois qu’une image est visionnée, ces enfants sont à nouveau victimes et leur souffrance bien réelle dure encore plus longtemps. »

« Nous devons faire plus pour que les policiers enquêtant sur ces crimes abjects reçoivent le soutien dont ils ont besoin, et c’est là que la coopération par le canal d’INTERPOL joue un rôle essentiel en faveur de la lutte contre cette forme de criminalité transnationale », a ajouté le chef d’INTERPOL.

Les principaux facteurs environnementaux, sociaux et économiques dont l’évolution liée au COVID 19 a eu une incidence sur les abus et l’exploitation sexuels des enfants en ligne dans le monde sont les suivants :

  • Fermeture des écoles et transition vers des environnements d’apprentissage virtuels ;
  • Accroissement du temps passé en ligne par les enfants pour s’amuser, interagir avec leurs amis et s’instruire ;
  • Restriction des déplacements internationaux et rapatriement des ressortissants étrangers ;
  • Accès limité aux structures d’aide à la population, aux services de garde d’enfants et au personnel enseignant, qui jouent souvent un rôle déterminant dans la détection et le signalement des cas d’exploitation sexuelle des enfants.

Eu égard aux obstacles plus nombreux rencontrés par les victimes pour signaler les infractions ou obtenir un soutien, il est à craindre que, passé un long délai, certains abus ne soient jamais pris en compte.

Forums sur le dark net

Parmi les autres constats citons également l’accroissement des discussions sur les forums consacrés aux abus et à l’exploitation sexuels des enfants, sur le dark net. Les délinquants sexuels possédant l’expertise technique pour gérer ces forums ont eu plus de temps pour en créer de nouveaux, tandis que les utilisateurs ont eu tout le loisir de naviguer sur Internet pour organiser leurs contenus à caractère pédosexuel.

Depuis quelques années, on observe une hausse des diffusions en direct payantes de contenus mettant en scène l’exploitation sexuelle d’enfants, et la demande en la matière va probablement encore croître sous l’effet des restrictions de déplacement. L’offre de diffusions en direct de contenus de ce type risque elle aussi d’augmenter, car les victimes sont parfois confinées avec les « facilitateurs » et que les difficultés économiques s’aggravent.

Dans les zones fortement touchées par le COVID 19, lorsque les parents sont hospitalisés et que les enfants sont placés sous la garde d’autres personnes, voire livrés à eux-mêmes, le risque d’abus est susceptible de s’accroître.

Le rapport fait par ailleurs ressortir une hausse des contenus autoproduits diffusés sur l’Internet directement accessible (le « clear net »).

Des abus signalés avec retard

Les conséquences du COVID-19 sur le travail de police sont les suivantes :

  • Réduction du nombre de signalements de cas d’abus ou d’exploitation sexuels d’enfants, ou retard dans ces signalements, en raison de la perturbation des canaux habituels ;
  • Baisse de l’utilisation de la base de données internationale d’INTERPOL sur l’exploitation sexuelle des enfants par les pays membres ;
  • Réduction des ressources humaines spécialisées, chargées en temps normal d’enquêter sur les cas d’abus et d’exploitation sexuels d’enfants et affectées à d’autres activités liées à la pandémie ;
  • Changements dans les processus et les performances en raison des contraintes techniques qui vont de pair avec le télétravail, lesquelles concernent à la fois les services chargés de l’application de la loi et les fournisseurs de services Internet qui leur signalent les cas d’abus pédosexuels ;
  • Fermetures des tribunaux, entraînant des retards dans le traitement des affaires.

Pour que les services chargés de l’application de la loi puissent contrer les menaces supplémentaires liées à la pandémie de COVID 19, il leur est recommandé :

  • de mettre sur pied des campagnes de prévention et de sensibilisation destinées aux victimes et aux personnes qui en sont responsables et portant sur les risques d’abus et d’exploitation sexuels des enfants en ligne, notamment à travers les jeux, la messagerie et les plateformes de médias sociaux ;
  • d’organiser des exercices de cartographie des incidents dans les écoles afin de détecter de nouveaux problèmes d’abus et d’exploitation sexuels d’enfants, par exemple des irruptions d’inconnus dans des réunions via Zoom (ou « zoom bombing ») ;
  • de faire en sorte que les services d’assistance téléphonique restent ouverts et pourvus en ressources, et de réfléchir à de nouveaux moyens de signaler les infractions, par exemple via des services d’envoi de textos gratuits, ou des canaux de signalement destinés aux enfants et intégrés aux applications de jeux, aux médias sociaux et à la messagerie ;
  • de partager régulièrement les informations relatives aux cas d’abus et d’exploitation sexuels d’enfants avec INTERPOL, qui peut apporter un soutien et coordonner des enquêtes dans différents pays.