Une opération mondiale permet de secourir 4 400 victimes potentielles de la traite d’êtres humains et de localiser 13 000 migrants en situation irrégulière

26 janvier 2026
L’opération Liberterra III a conduit à l’arrestation de 3 744 personnes dans 119 pays

LYON (France) – Une opération d’envergure mondiale coordonnée par INTERPOL a permis de secourir 4 414 victimes potentielles de la traite d’êtres humains et de localiser 12 992 migrants en situation irrégulière dans 119 pays.

Selon les premiers rapports des pays participants, l’opération Liberterra III (10 - 21 novembre 2025) a conduit à l’arrestation de 3 744 suspects, dont plus de 1 800 pour traite d’êtres humains et trafic de migrants.

Les services chargés de l’application de la loi ont mobilisé plus de 14 000 agents, afin de surveiller des zones sensibles, d’effectuer des interventions ciblées et de renforcer les contrôles aux frontières.

Par ailleurs, les autorités ont ouvert plus de 720 nouvelles enquêtes, dont la majorité sont encore en cours.

Le secrétaire général d’INTERPOL, M. Valdecy Urquiza, a déclaré :

« Le niveau d’action des services chargés de l’application de la loi témoigne d’une forte coopération face à des tendances criminelles majeures. Les réseaux criminels évoluent en tirant parti de nouveaux itinéraires, des plateformes numériques et de la vulnérabilité des populations. L’identification de ces modes opératoires permet aux services chargés de l’application de la loi d’anticiper les menaces, de démanteler les réseaux plus rapidement et de mieux protéger les victimes. »

Principales conclusions :

  • Les escroqueries reposant sur la traite d’êtres humains demeurent très préoccupantes en Asie et en Afrique. Toutefois, l’amélioration des mécanismes de renseignement, de détection et de contrôle a pour conséquences l’augmentation des arrestations et le rapatriement de centaines de victimes.
  • Si l’exploitation sexuelle reste un fléau bien présent, le travail et la criminalité forcés sont en forte hausse, et des cas d’esclavage domestique et de prélèvement d’organes ont également été détectés.
  • Certaines affaires concernent des victimes originaires des Amériques ou d’Asie et se trouvant en Afrique, ce qui démontre un changement dans les dynamiques de la traite d’êtres humains par rapport aux filières historiquement observées de personnes africaines victimes de traite à l’étranger.
  • Les tendances migratoires dans les Amériques se sont largement inversées : désormais les ressortissants d’Amérique du Sud retournent vers le sud en passant par l’Amérique centrale.
  • Les routes maritimes de l’Atlantique et de la Méditerranée sont sous constante pression, notamment de l’Afrique du Nord et de l’Ouest vers l’Europe.
  • Les autorités utilisent de plus en plus la surveillance en ligne pour localiser et suivre les réseaux de traite et de trafic.
  • La traite d’êtres humains et le trafic de migrants sont toujours étroitement liés à des infractions comme la fraude documentaire, le blanchiment d’argent et le trafic de stupéfiants.
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Officers in El Salvador perform roadside checks.
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Human trafficking and migrant smuggling continue to be closely linked to other crimes such as document fraud and drug trafficking.
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Reinforced border controls during Operation Liberterra III.
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A bus is checked in Morocco.
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Cross-agency cooperation was a key component of Operation Libererra III.
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Operation Liberterra III - Roadside check in Venezuela
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Four operational coordination units were established in Algeria, El Salvador, Lao PDR and the United Kingdom.
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Border check in Bolivia.
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Algerian officers check boat registrations.
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Officers around the world performed real-time checks against INTERPOL’s databases.
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An officer checks a vehicle in North Macedonia.
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More than 14,000 officers were deployed by member countries during Operation Liberterra III.
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Quatre unités de coordination opérationnelle se trouvaient en Algérie, au Salvador, en RDP lao et au Royaume-Uni afin de faciliter les vérifications en temps réel dans les bases de données d’INTERPOL, le partage de renseignements et la publication de notices INTERPOL. L’opération Liberterra III a également bénéficié d’une collaboration étroite avec des organisations partenaires, les autorités nationales et des organisations non gouvernementales.

Escroqueries reposant sur la traite d’êtres humains : un modèle criminel autosuffisant

Les autorités ont pris de nombreuses mesures à l’encontre des centres d’escroquerie présumés en Asie, notamment au Myanmar où une seule intervention a permis de découvrir 450 travailleurs dans un camp. Les appareils électroniques utilisés pour commettre des escroqueries, dont 18 800 téléphones portables et plus de 300 ordinateurs, ont été saisis. Les autorités ont aussi concentré leurs efforts sur l’identification et le rapatriement de centaines de victimes potentielles de la traite d’êtres humains secourues lors de précédentes initiatives, dont un groupe de 125 ressortissants indiens.

En Afrique, les autorités du Bénin, du Burkina Faso, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Sénégal et de la Sierra Leone ont fait état d’une vaste opération contre des réseaux pyramidaux de traite d’êtres humains, laquelle a permis de secourir plus de 200 victimes et de démanteler de nombreux centres de recrutement et d’exploitation. Ces systèmes, spécifiques à l’Afrique centrale et de l’Ouest, consistent à recruter des victimes sous prétexte de travail à l’étranger, en leur facturant des « frais de recrutement » exorbitants, puis en les forçant à recruter des amis ou des membres de leur famille en échange d’une amélioration de leurs conditions de travail.

Des vies derrière les chiffres

Derrière ces résultats opérationnels se trouvent les histoires de souffrance et de résilience de milliers de personnes, comme ces enfants travaillant dans une verrerie au Belize, cette jeune fille vendue à un homme de 73 ans au Salvador ou ce petit garçon de huit ans kidnappé pour un prélèvement d’organes au Mozambique. Une des priorités de cette opération était le soutien apporté à chaque victime, qui, une fois identifiée, était placée sous la protection des services médicaux et sociaux, ou d’ONG si nécessaire.

En Espagne, les autorités ont démantelé un réseau criminel impliqué dans la traite de femmes à des fins d’exploitation sexuelle dans des salons de beauté et de massage à Barcelone et Marbella, et ont identifié 21 victimes. Ces femmes, majoritairement colombiennes, étaient soumises à une surveillance constante et à des abus, et contraintes de rembourser des dettes de 6 000 EUR (7 000 USD) en se prostituant. Ces mêmes locaux étaient le théâtre de la vente de stupéfiants.

Au Costa Rica, les autorités ont arrêté un homme, connu sous le nom d’« El Gordo », accusé de faire pression sur des jeunes filles mineures d’un collège technique pour enregistrer des vidéos à caractère sexuel. La partenaire du suspect, professeure dans cet établissement, a également été arrêtée car soupçonnée d’avoir aidé son conjoint à accéder au bâtiment pour recruter de nouvelles victimes.

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In Costa Rica, authorities arrested a man accused of pressuring underage girls to record explicit videos.
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Authorities in Mali identified 47 Nigerian women who had been trafficked into the country for sexual exploitation.
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Operation Liberterra III - Raid in Bolivia
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A Spanish national was arrested in possession of several genuine but blank Schengen visas.
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Operation Liberterra III – Arrest in Argentina
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Operation Liberterra III – Arrest in Guatemala
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Operation Liberterra III – Arrest in Costa Rica
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Operation Liberterra III – Arrest in Thailand
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A group of 125 Indian nationals is repatriated from Myanmar.
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Les autorités kazakhes ont déterminé le mode opératoire utilisé par des réseaux de trafiquants qui dissimulaient leurs activités sous couvert d’un service de taxi. Ces groupes avaient recours à la violence et l’intimidation pour forcer les victimes à se prostituer dans de nombreux saunas. La police a saisi des espèces, des armes, des cartes bancaires et plusieurs véhicules, et a mis au jour un système de blanchiment d’argent utilisé pour acheter des biens immobiliers et des actifs.

Au Mali, les autorités ont identifié 47 Nigérianes ayant été amenées dans le pays à des fins d’exploitation sexuelle.

La police écossaise a quant à elle mis en sécurité une ressortissante roumaine attirée au Royaume-Uni par une fausse promesse d’emploi puis victime d’exploitation sexuelle. Elle avait traversé l’Europe puis pris un ferry pour l’Écosse, où ses papiers d’identité avaient été confisqués à son arrivée à Dundee.

Profits colossaux, itinéraires périlleux

Les autorités ont intercepté de nombreuses embarcations surchargées, prêtes à partir en mer pour des traversées très risquées avec à leur bord de grands groupes de migrants et très peu d’équipements de sécurité. L’une de ces embarcations transportait 245 migrants au départ du Sénégal, mais d’autres cas ont été signalés au large des côtes de la Guinée Bissau, du Maroc et de l’Algérie.

Grâce à des renseignements, les services algériens ont intercepté une grande embarcation pneumatique transportant 71 personnes de diverses nationalités, dont sept mineurs. Trois personnes sont soupçonnées d’avoir organisé le voyage. Des équipements de communication, des espèces et des téléphones portables ont été saisis, et des enquêtes sont en cours en vue de désorganiser le réseau et son financement.

Au Brésil, les autorités ont démantelé un réseau transnational de trafic de migrants en lien avec le Pakistan, l’Afghanistan, le Mexique et les États-Unis. Elles ont arrêté le principal suspect et imposé des restrictions de voyage ainsi que le gel de 5,94 millions de BRL (1,1 million d’USD) d’avoirs, dont des biens immobiliers, des véhicules, des bateaux, des avions et des cryptomonnaies.

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Migrants are seen crossing a forest in Moldova.
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One interception alone involved 245 migrants departing from Senegal.
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A migrant is found hiding in a lorry in Türkiye.
4. Greece migrant smuggling.jpg
Three migrants are found being smuggled in the trunk of a car.
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An officer checks lorries at a rest stop in the UK.
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Authorities intercepted multiple high-risk sea departures involving large groups of migrants travelling in overcrowded vessels.
7_Morocco passport check.JPG
Fraudulent passports continue to be key drivers for irregular migration and trafficking.
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Authorities in Peru dismantled a group suspected of smuggling Venezuelan migrants.
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Lors d’un contrôle routier à la frontière avec le Moldova, des policiers roumains ont inspecté un camion entrant dans le pays et censé transporter des pièces métalliques. L’inspection a toutefois permis d’y découvrir des armes militaires dissimulées, y compris des lance-roquettes, des lance-grenades, des munitions et des composants de drones de combat. Deux personnes ont été placées en détention au Moldova, tandis que le chauffeur a été arrêté en Roumanie. Si cette affaire n’est pas directement liée au trafic de migrants, elle montre toutefois que les mêmes routes sont utilisées pour différents types de trafic.

Au Pérou, les autorités ont démantelé « Los Zorritos del Norte », un groupe criminel soupçonné d’avoir fait passer 30 migrants vénézuéliens, dont six mineurs, au Chili. Ces arrestations sont le fruit de la coopération avec une compagnie d’autocars, ce qui montre l’importance de sensibiliser le secteur privé.

Au Royaume-Uni, les autorités ont poursuivi un programme fructueux avec le secteur logistique, en déployant des agents dans les aires de repos afin d’interagir avec les chauffeurs routiers, d’identifier les risques, de recueillir des renseignements et d’encourager les signalements anonymes.

D’autres campagnes de sensibilisation ont eu lieu en Afrique du Sud, aux Émirats arabes unis, en Indonésie, au Koweït, au Myanmar, aux Philippines et en Tunisie.

Note aux rédacteurs

L’opération Liberterra III a été financée par le ministère de l’Intérieur du Royaume-Uni par l’intermédiaire de l’Agence nationale de lutte contre la criminalité (NCA), et a également reçu le soutien :

  • du Bureau d’appui régional pour le Processus de Bali ;
  • de l’Union européenne ;
  • d’Affaires mondiales Canada ;
  • du Bureau chargé des aspects internationaux de la lutte antidrogue et de la répression (INL) des États-Unis

Partenaires de l’opération : AFRIPOL, ASEANAPOL, Bureau d’appui régional pour le Processus de Bali, CARICOM, Centre opérationnel régional d’appui au processus de Khartoum (ROCK), Europol, Frontex, Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Pays et territoires participants : Afrique du Sud, Albanie, Algérie, Angola, Argentine, Autriche, Bahamas, Bangladesh, Barbade, Belize, Bénin, Bolivie, Bosnie-Herzégovine, Botswana, Brésil, Brunéi, Bulgarie, Burkina Faso, Burundi, Cabo Verde, Cameroun, Canada, Chili, Chypre, Colombie, Congo, Costa Rica, Côte d’Ivoire, Croatie, Curaçao, Djibouti, El Salvador, Émirats arabes unis, Équateur, Espagne, Eswatini, Éthiopie, France, Gabon, Gambie, Géorgie, Ghana, Grèce, Guatemala, Guinée, Guinée-Bissau, Guyana, Honduras, Hongrie, Îles Turques et Caïques (Royaume-Uni), Inde, Indonésie, Iraq, Irlande, Italie, Jordanie, Kazakhstan, Kenya, Koweït, Lettonie, Libye, Luxembourg, Macédoine du Nord, Madagascar, Malaisie, Malawi, Maldives, Mali, Maroc, Maurice, Mexique, Moldova, Mongolie, Monténégro, Mozambique, Myanmar, Namibie, Nicaragua, Niger, Nigéria, Oman, Ouganda, Pakistan, Palestine, Panama, Paraguay, Pérou, Philippines, Pologne, Portugal, Qatar, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République dominicaine, Roumanie, Royaume-Uni, RDP lao, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Serbie, Sierra Leone, Slovaquie, Slovénie, Somalie, Soudan, Sri Lanka, Suède, Suriname, Tchad, Thaïlande, Togo, Trinité-et-Tobago, Tunisie, Türkiye, Ukraine, Uruguay, Venezuela, Viet Nam et Zimbabwe.