Une opération historique de lutte contre le financement du terrorisme en Afrique aboutit à 83 arrestations

22 octobre 2025
L’opération, menée dans six pays, était coordonnée par INTERPOL et AFRIPOL.

LYON (France) – Une opération inédite contre le financement du terrorisme et les activités illégales soutenant celui-ci a donné lieu à 83 arrestations dans six pays d’Afrique, ainsi qu’à l’identification de 160 personnes d’intérêt.

L’opération Catalyst (juillet - septembre 2025) avait pour objectif de mettre au jour et de démanteler les mécanismes et flux financiers ayant des liens avec le financement du terrorisme et ses réseaux de soutien.

Parmi ces 83 arrestations, 21 ont été effectuées pour des infractions liées au terrorisme, 28 pour des escroqueries financières et des faits de blanchiment d’argent, 16 pour des escroqueries commises au moyen d’Internet, et 18 pour l’utilisation illicite d’actifs virtuels.

Au cours de l’opération de deux mois, coordonnée par INTERPOL et AFRIPOL, les autorités des pays participants ont procédé à des vérifications concernant plus de 15 000 personnes d’intérêt et entités, ce qui leur a permis de découvrir environ 260 millions de dollars des États-Unis – en monnaie virtuelle et fiduciaire – potentiellement liés à des activités terroristes. Quelque 600 000 dollars ont déjà été saisis, et des enquêtes complémentaires ont été ouvertes pour localiser et recouvrer davantage d’actifs.

La lutte contre le financement du terrorisme est particulièrement complexe pour les services chargés de l’application de la loi, car celui-ci touche souvent des activités criminelles très diverses – fraude, enlèvement contre rançon, commerce illicite, escroqueries en ligne, fraudes à la Ponzi, utilisation abusive d’actifs virtuels. Ces activités illégales peuvent avoir des liens directs avec le financement du terrorisme – lorsque des groupes terroristes reçoivent des fonds provenant de telles manœuvres frauduleuses – mais également des liens indirects, via le blanchiment d’argent ou des réseaux d’intermédiaires. Ces liens témoignent de l’imbrication croissante de différentes formes de criminalité et soulignent la nécessité d’une réponse commune et coordonnée.

Face à cette menace multidimensionnelle, les pays participants ont échangé des renseignements sur des cibles importantes lors de la phase pré-opérationnelle. Ces échanges ont été complétés par des cyberrenseignements stratégiques fournis par INTERPOL et AFRIPOL, avec des données clés émanant d’entités du secteur privé (Binance, Moody’s et Uppsala Security).

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En Angola, 25 personnes ont été arrêtées à l’issue d’enquêtes sur des systèmes informels de transfert de fonds.
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Les autorités angolaises ont saisi quelque 588 000 dollars dans le cadre de l’opération Catalyst.
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Le secrétaire général d’INTERPOL, M. Valdecy Urquiza, a déclaré :

« Avec l’opération Catalyst, les services de lutte contre la criminalité financière, la cybercriminalité et le terrorisme de plusieurs pays d’Afrique se sont pour la première fois associés à INTERPOL et AFRIPOL pour cibler le financement du terrorisme. Le partage de renseignements, d’expertise et de ressources permet de mettre au jour et de démanteler plus efficacement les flux financiers soutenant les activités terroristes, de façon à conserver une longueur d’avance sur ces menaces et à préserver la sécurité des populations. »

M. Jalel Chelba, ambassadeur, directeur exécutif d’AFRIPOL, a quant à lui indiqué :

« La réussite de l’opération Catalyst tient aux synergies entre les services nationaux de lutte contre la criminalité financière, la cybercriminalité et le terrorisme, et à la convergence de leurs efforts. Cette initiative conjointe visant à démanteler le financement du terrorisme sur le continent africain montre qu’une action coordonnée des États membres, grâce à AFRIPOL et INTERPOL, permet de contrer efficacement les menaces complexes et évolutives en matière de sécurité. Une telle coopération prouve concrètement qu’en agissant de concert, les membres de la communauté policière africaine apportent une réponse décisive et appropriée dans la quête d’une Afrique sûre et stable. »

Événements marquants de l’opération : des escroqueries mondiales de grande ampleur liées au financement du terrorisme

Dans une affaire importante en Angola, 25 personnes de diverses nationalités ont été arrêtées à l’issue d’enquêtes sur des systèmes informels de transfert de fonds ayant des liens avec de potentielles activités de financement du terrorisme et de blanchiment d’argent. L’opération a notamment donné lieu à des inspections dans 30 établissements commerciaux, au cours desquelles les services de police ont saisi quelque 588 000 dollars, une centaine de téléphones portables et une quarantaine d’ordinateurs. Soixante comptes bancaires ont par ailleurs été gelés.

Au Kenya, il a été établi qu’une opération présumée de blanchiment d’argent réalisée avec l’aide d’un prestataire de services d’actifs virtuels était potentiellement liée au financement du terrorisme. Environ 430 000 dollars étaient en jeu, et 12 personnes étaient impliquées – à ce jour, deux d’entre elles ont été arrêtées. Dans une autre affaire au Kenya, deux personnes ont été arrêtées pour avoir recruté en ligne des jeunes originaires d’Afrique de l’Est et du Nord et leur avoir fait rejoindre des groupes terroristes. Les fonds utilisés pour le recrutement et la radicalisation ont été localisés via une plateforme d’échange de cryptomonnaies, qui a permis de remonter jusqu’à des personnes en Tanzanie.

Au Nigéria, l’opération a donné lieu à l’arrestation de 11 terroristes présumés, dont des membres haut placés de plusieurs groupes terroristes.

Dans une affaire transnationale notable, une fraude à la Ponzi massive fondée sur les cryptomonnaies a été commise via une plateforme d’échange en ligne se présentant comme légale. Au moins 17 pays ont été touchés, dont le Cameroun, le Kenya et le Nigéria. Plus de 100 000 victimes ont été recensées dans le monde entier, le montant total des pertes subies étant estimé à 562 millions de dollars. Les enquêtes menées dans le cadre de l’opération Catalyst ont permis d’établir que plusieurs portefeuilles de grande valeur étaient potentiellement liés à des activités de financement du terrorisme. L’affaire est toujours en cours – les enquêtes se poursuivent.

Également dans le cadre de l’opération Catalyst, une notice rouge a été publiée à l’encontre d’une personne soupçonnée d’être à l’origine d’une escroquerie aux cryptomonnaies très élaborée, le préjudice financier causé aux victimes étant d’environ 5 millions de dollars. Les fonds étaient réorientés vers plusieurs adresses et transitaient par des plateformes d’échange centralisées, de façon à brouiller les pistes et à convertir les actifs en monnaie fiduciaire. Selon les enquêteurs, cette affaire présente plusieurs caractéristiques faisant penser à des méthodes connues de financement du terrorisme.

Note aux rédacteurs

Cette opération a été organisée dans le cadre du Programme INTERPOL d’appui à l’Union africaine relativement à AFRIPOL (ISPA), financé par le ministère des Affaires étrangères de l’Allemagne. Le programme ISPA vise à aider AFRIPOL à renforcer sa position d’institution de premier plan en Afrique en matière de prévention et de lutte contre la criminalité organisée transnationale, le terrorisme et la cybercriminalité, ainsi que la criminalité financière et le blanchiment d’argent.

Pays participants :

Angola, Cameroun, Kenya, Namibie, Nigéria, Soudan du Sud