Une opération coordonnée de lutte contre la cybercriminalité en Afrique permet de procéder à 574 arrestations et de récupérer 3 millions de dollars des États-Unis

19 décembre 2025
L’opération ciblait les escroqueries aux faux ordres de virement, l’extorsion en ligne et les rançongiciels.

LYON (France) – Les services chargés de l’application de la loi de 19 pays ont arrêté 574 suspects et récupéré environ 3 millions de dollars lors d’une importante opération de lutte contre la cybercriminalité menée en Afrique.

L’opération Sentinel (27 octobre - 27 novembre) était axée sur trois formes de criminalité très répandues : les escroqueries aux faux ordres de virement (FOVI), l’extorsion en ligne et les rançongiciels, autant de phénomènes criminels identifiés comme des menaces croissantes dans le Rapport INTERPOL de 2025 sur l’évaluation des cybermenaces en Afrique.

Lors de l’initiative coordonnée par INTERPOL, plus de 6 000 liens malveillants ont été désactivés, et six variantes de rançongiciels ont été décryptées. Les affaires examinées au cours de cette opération d’un mois ont entraîné des pertes financières estimées à plus de 21 millions de dollars.

Événement marquant de l’opération : récupération de millions de dollars grâce à des interventions rapides et à la coopération internationale

Au Sénégal, une grande société pétrolière a détecté une escroquerie aux FOVI très élaborée, dans laquelle les malfaiteurs ont infiltré les systèmes de messagerie électronique internes et se sont fait passer pour des dirigeants afin d’autoriser un virement frauduleux de 7,9 millions de dollars. Grâce au gel urgent des comptes destinataires, les autorités sénégalaises ont été en mesure d’interrompre le virement avant que les fonds puissent être retirés.

Une institution financière ghanéenne a été victime d’une attaque par rançongiciel lors de laquelle 100 téraoctets de données ont été chiffrés et quelque 120 000 dollars ont été dérobés, perturbant ainsi des services essentiels. Les autorités ghanéennes ont mené une analyse avancée des logiciels malveillants, ce qui leur a permis d’identifier la souche du rançongiciel et de mettre au point un outil de déchiffrement grâce auquel près de 30 téraoctets de données ont pu être récupérés. Plusieurs suspects ont été arrêtés.

BENIN ARRESTS.jpg
Bénin : 106 arrestations ont été effectuées lors de l’opération Sentinel.
arrests-sentinel.jpg
Les autorités ghanéennes ont démantelé un important réseau de cyberescroquerie qui imitait de célèbres marques de fast-food pour encaisser des paiements en ligne.
arrests-sentinel2.jpg
Au Ghana, 10 suspects ont été arrêtés en lien avec cette affaire de cyberescroquerie, et plus de 100 dispositifs numériques ont été saisis.
/

Les autorités ghanéennes ont démantelé un important réseau de cyberescroquerie qui imitait de célèbres marques de fast-food pour encaisser des paiements en ligne. Au Ghana, 10 suspects ont été arrêtés en lien avec cette affaire de cyberescroquerie, et plus de 100 dispositifs numériques ont été saisis.

Les autorités ghanéennes ont par ailleurs démantelé un important réseau de cyberescroquerie qui opérait au Ghana et au Nigéria et avait soutiré à plus de 200 victimes un montant total dépassant les 400 000 dollars. À l’aide d’applications mobiles et de sites Web de conception professionnelle, les escrocs imitaient de célèbres marques de fast-food et encaissaient les paiements sans jamais livrer les commandes. Dans cette affaire, 10 suspects ont été arrêtés au Ghana, plus de 100 dispositifs numériques ont été saisis et 30 serveurs frauduleux ont été mis hors ligne.

Au Bénin, 43 domaines malveillants ont été désactivés et 4 318 comptes de réseaux sociaux liés à des activités d’extorsion et à des escroqueries ont été fermés, ce qui a conduit à 106 arrestations.

Les forces de l’ordre camerounaises ont réagi rapidement après que deux victimes ont signalé une escroquerie en lien avec une plateforme de vente de véhicules en ligne. Il a pu être établi que la campagne d’hameçonnage était menée depuis un serveur compromis, et l’on a procédé à un gel urgent des comptes bancaires dans les heures qui ont suivi.

Neal Jetton, directeur de la Cybercriminalité à INTERPOL, a déclaré :

« L’ampleur et la complexité des cyberattaques en Afrique s’intensifient de plus en plus, en particulier lorsque ces attaques visent des secteurs critiques tels que la finance ou l’énergie. Les résultats de l’opération Sentinel témoignent de l’engagement des services chargés de l’application de la loi des pays africains, lesquels travaillent en étroite collaboration avec des partenaires internationaux. Leur action a permis de protéger les moyens de subsistance, de sécuriser les données à caractère personnel sensibles et de préserver les infrastructures critiques. »

L’opération Sentinel a été rendue possible grâce à une étroite collaboration avec des partenaires d’INTERPOL appartenant au secteur privé : Team Cymru, The Shadowserver Foundation, Trend Micro, TRM Labs et Uppsala Security. Les partenariats avec le secteur privé ont fourni un soutien technique essentiel pour le traçage des adresses IP utilisées lors des différentes étapes du cycle de vie des attaques par rançongiciels et des activités de sextorsion, ainsi que pour aider à geler les avoirs financiers illicites.

Notes aux rédacteurs :

L’opération Sentinel s’inscrivait dans le cadre de l’opération conjointe de lutte contre la cybercriminalité en Afrique (AFJOC), financée par le Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni, et a pu être menée grâce au projet « Action globale renforcée sur la cybercriminalité » (GLACY-e), un projet conjoint de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe.

En juin, INTERPOL a publié l’édition 2025 de son Rapport sur l’évaluation des cybermenaces en Afrique, laquelle révèle que deux tiers des pays membres africains interrogés affirment que les cyberinfractions représentent une proportion moyenne, voire élevée, de toutes les infractions.

Pays participants : Afrique du Sud, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Djibouti, Gabon, Ghana, Kenya, Malawi, Nigéria, Ouganda, République démocratique du Congo, Sénégal, Soudan du Sud, Tchad, Zambie, Zimbabwe.