Les escroqueries financières sont aujourd’hui l’une des formes de criminalité transnationale les plus graves et les plus évolutives au monde, avec des conséquences économiques et humaines considérables.
L’édition 2026 du rapport d’INTERPOL sur l’évaluation des menaces liées aux escroqueries financières au niveau mondial met en garde contre le fait qu’avec l’intensification de la collaboration criminelle à l’échelle mondiale, la fraude n’est plus une menace périphérique, mais se trouve au cœur de la polycriminalité, à la croisée de la criminalité organisée, de la traite d’êtres humains et de la cybercriminalité.
Les principales conclusions de ce rapport sont les suivantes :
• Les escroqueries amplifiées par l’IA sont 4,5 fois plus rentables que les escroqueries traditionnelles. Les systèmes d’« IA agentique » peuvent planifier et exécuter de manière autonome des campagnes d’escroquerie complètes, depuis les opérations de reconnaissance jusqu’aux demandes de rançon.
• La sextorsion est désormais systématiquement intégrée dans des escroqueries telles que les escroqueries aux sentiments et les escroqueries aux placements, souvent au moyen de scripts et de contenus générés par l’IA.
• Les réseaux criminels collaborent de plus en plus avec des groupes spécialisés dans le blanchiment d’argent, et partagent leur expertise et leurs technologies pour étendre leurs activités à l’échelle mondiale.
• Il a été établi que dans certaines régions d’Afrique, des groupes terroristes utilisent des escroqueries, en particulier les escroqueries aux cryptomonnaies, comme source de financement.
• Phénomène autrefois régional, les centres d’escroquerie sont désormais présents dans le monde entier, impliquant des centaines de milliers de personnes, dont beaucoup font l’objet de la traite d’êtres humains et sont forcées de commettre des escroqueries en ligne.
Toutefois, le rapport conclut également que les services chargés de l’application de la loi collaborent de manière plus efficace.
Depuis 2024, le nombre de notices et diffusions INTERPOL portant sur des escroqueries a augmenté de 54 %. Au cours de la même période, INTERPOL a apporté son soutien à des pays membres dans plus de 1 500 affaires d’escroquerie transnationale, portant sur des avoirs perdus d’une valeur estimée à 1,1 milliard de dollars des États-Unis.
Le secrétaire général d’INTERPOL, M. Valdecy Urquiza, a déclaré :
« Avec l’intelligence artificielle, l’existence d’outils numériques peu coûteux et l’intensification de la collaboration criminelle à l’échelle mondiale, nous assistons à l’industrialisation de la fraude.
« Il est primordial de garder à l’esprit que le coût de la criminalité financière ne se limite pas à l’argent – il s’agit des économies de toute une vie, de la dignité des personnes, voire, dans le pire des cas, de leur vie.
« Le renforcement de la coopération entre les services chargés de l’application de la loi et le secteur privé ainsi que la sensibilisation du public sont essentiels afin de lutter contre cette menace mondiale pour la sécurité. »
Démêler les réseaux financiers à l’œuvre derrière les centres d’escroquerie
Comme le souligne le rapport sur l’évaluation des menaces, les centres d’escroquerie se multiplient et prennent de l’ampleur, ciblant un nombre toujours plus grand de victimes.
Bien que ces opérations soient régulièrement déjouées, les chefs criminels qui les dirigent restent difficiles à identifier, car ils utilisent des intermédiaires et des sociétés-écrans pour brouiller les pistes et éviter d’être repérés.
Pour combler cette lacune majeure, INTERPOL lance l’opération Shadow Storm, qui s’appuie sur une nouvelle équipe spéciale internationale financée par le ministère de l’Intérieur du Royaume-Uni dans le cadre d’une réponse unifiée fondée sur les données.
Grâce au réseau d’INTERPOL et à des outils tels que I-GRIP, un mécanisme de blocage des paiements, l’équipe spéciale ciblera non seulement les escroqueries financières perpétrées par les centres d’escroquerie, mais aussi les liens avec la cybercriminalité et la traite d’êtres humains aux fins de criminalité forcée.
Parallèlement, INTERPOL publie de nouvelles lignes directrices sur la création et le fonctionnement d’un centre national de lutte contre les escroqueries afin de promouvoir des modèles efficaces à l’appui des efforts nationaux visant à détecter, désorganiser et démanteler les réseaux d’escroquerie et leurs activités.
Résumant les approches efficaces adoptées par les services chargés de l’application de la loi du monde entier, ces lignes directrices mettent en avant les éléments clés à prendre en compte et les bonnes pratiques permettant de renforcer et de mieux coordonner la réponse mondiale.
Sommet mondial sur la fraude
Lancées le premier jour du Sommet mondial sur la fraude – organisé conjointement par INTERPOL et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) les 16 et 17 mars –, ces trois initiatives visent à soutenir la réponse collective des secteurs public et privé.
Cet événement rassemble plus de 1 000 participants, parmi lesquels des représentants de gouvernements et de services chargés de l’application de la loi, des dirigeants du secteur privé ainsi que des représentants d’entreprises de technologie et d’organisations de la société civile, afin de réfléchir aux moyens de collaborer pour désorganiser les systèmes qui permettent à la fraude de prospérer.
