Plus de 800 jeunes, parents et éducateurs, venus de toute l’Asie et du Pacifique, ont participé au premier webinaire de sensibilisation des jeunes à la cybercriminalité organisé par INTERPOL.
Conçu pour promouvoir l’hygiène informatique et encourager un comportement responsable sur Internet, cet événement interactif est le premier d’une série de webinaires destinés à donner aux jeunes les clés pour naviguer en toute sécurité dans l’univers numérique, où ils sont de plus en plus exposés à une multitude de risques, tels que les escroqueries, le cyberharcèlement, la désinformation et l’usurpation d’identité.
À Singapour, une étude sur les risques en ligne a révélé que six jeunes sur dix sont exposés à des contenus nuisibles non sollicités, tels que des images violentes, de la nudité ou encore des violences sexistes.
Au Vietnam, les autorités ont récemment mis en garde contre le phénomène des « enlèvements virtuels », des escroqueries en ligne sophistiquées commises par des malfaiteurs qui éloignent des jeunes de leur entourage pour les isoler et extorquer de l’argent à leur famille.
« La sensibilisation à la cybersécurité n’est pas seulement importante, elle est primordiale. Savoir se protéger et protéger les autres en ligne est une compétence essentielle, au même titre que savoir nager ou traverser une rue en toute sécurité », a expliqué Edmund Goh, du bureau d’INTERPOL pour les opérations de lutte contre la cybercriminalité dans la région Asie-Pacifique Sud, organisateur de l’événement.
Menaces informatiques inédites
« Le monde connecté dans lequel vous évoluez chaque jour est aussi celui où opèrent les cybercriminels », a rappelé Helena Huang, chercheuse associée à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour.
Les cybercriminels ciblent particulièrement les jeunes en leur proposant des bourses d’études, des récompenses liées aux jeux vidéo ou encore des opportunités professionnelles. Dans ce contexte, il est crucial que les jeunes développent leur bon sens et s’interrogent sur les intentions des personnes avec lesquelles ils interagissent en ligne.
Ces risques sont accentués par les avancées rapides de l’intelligence artificielle (IA) générative, qui offrent aux malfaiteurs la possibilité de diffuser massivement des hypertrucages (ou deepfakes) et autres contenus générés artificiellement de plus en plus réalistes, alors que les outils de détection et d’authentification restent encore limités.
« Les études ont montré à plusieurs reprises qu’un individu lambda peine à reconnaître du contenu produit par l’IA », a souligné Toni Friedman, sous-directrice de la technologie, de la politique et de l’innovation numériques à l’Asia Foundation. « Une confiance mal placée peut accroître la vulnérabilité ».
Comportement responsable en ligne
En plus de sensibiliser les participants aux menaces posées par les cybercriminels, le panel a insisté sur l’importance à accorder à la respectabilité en ligne et au bien-être numérique. En effet, les jeunes ont plus tendance à partager leur vie personnelle dans l’espace numérique que les autres générations.
« Votre identité numérique reflète qui vous êtes. Elle influence votre réputation en ligne et la manière dont les autres vous voient », a rappelé Nina Bual, cofondatrice de Cyberlite, une entreprise sociale dédiée à l’enseignement de la cybersécurité.
Elle a invité les jeunes à être attentifs à leur comportement en ligne, car celui-ci peut avoir des conséquences directes sur leur vie réelle, notamment sur leurs perspectives professionnelles. « Ce que vous publiez peut restera en ligne pour toujours. Votre empreinte numérique est indélébile », a-t-elle ajouté.
De son côté, Sohaib Khan, responsable régional de TikTok pour la sensibilisation des forces de l’ordre en Asie du Sud et en Asie centrale, a exhorté les participants à signaler activement les cas de harcèlement et les contenus inappropriés rencontrés sur la plateforme. Il a également présenté différents outils de sécurité destinés aux parents pour les aider à encadrer l’usage des réseaux sociaux.
Une leçon à retenir
Parmi les interventions les plus marquantes figurait celle de Ngo Minh Hieu, ancien pirate informatique, qui a retracé son parcours ; depuis ses débuts comme « chapeau noir » (black hat), auteur de cybercrimes, jusqu’à sa reconversion en « chapeau blanc » (white hat), engagé dans l’amélioration de la cybersécurité.
Son histoire est un récit édifiant sur les dangers de se lancer dans le piratage informatique à un âge précoce, ce qui l’a finalement conduit à diriger des réseaux sophistiqués d’usurpation d’identité, causant d’importantes pertes financières à ses victimes, et à être condamné à 13 ans de prison aux États-Unis.
Pendant son incarcération, Ngo Minh Hieu a entamé une transformation personnelle qui l’a finalement conduit à mettre ses compétences au service du bien.
Après sa libération, il a rejoint les forces de l’ordre vietnamiennes et a depuis contribué à l’arrestation de plus de 200 cybercriminels dans le cadre de sa nouvelle carrière.
Tout au long du webinaire, les participants ont pris part à des quiz interactifs et ont partagé leurs réflexions et expériences.
La session s’est conclue par un appel à agir, exhortant les jeunes à prendre en main leur sécurité numérique et à être conscients des risques et des conséquences potentielles de leurs activités en ligne.
Pour se protéger en ligne, les jeunes peuvent adopter les bonnes pratiques suivantes :
- Repérer les signaux d’alerte : méfiez-vous des offres qui semblent « trop belles pour être vraies », des demandes d’argent ou de mots de passe, ainsi que des liens et pièces jointes suspects.
- Utiliser des mots de passe forts : créez des mots de passe uniques et complexes pour chacun de vos comptes en ligne et envisagez l’utilisation d’un gestionnaire de mots de passe pour plus de sécurité.
- Utiliser les paramètres de confidentialité : limitez la quantité d’informations personnelles que les autres peuvent voir en utilisant des paramètres de confidentialité avancés sur les réseaux sociaux et d’autres plateformes.
- Procéder aux mises à jour : installez régulièrement les mises à jour de vos systèmes d’exploitation, navigateurs et logiciels pour bénéficier des correctifs et des systèmes de protection les plus récents.
- Faire preuve de prudence dans vos interactions en ligne : ne divulguez jamais d’informations personnelles ou financières à des inconnus.
- Surveiller l’activité de vos comptes : consultez régulièrement vos comptes en ligne et signalez immédiatement toute anomalie.
- Utiliser l’authentification à deux facteurs : ajoutez une étape supplémentaire de vérification à vos comptes en ligne, en complément du mot de passe.
- Sauvegarder vos données : enregistrez régulièrement vos données importantes afin d’éviter toute perte en cas de cyberattaque.
- S’informer : veillez à prendre connaissance des dernières menaces et escroqueries en ligne.
Voici quelques conseils pour bien gérer son identité numérique :
- Soigner votre réputation en ligne : faites attention à ce que vous publiez en ligne et assurez-vous que cela reflète une image positive de vous-même.
- Retirer les publications problématiques : supprimez tout contenu susceptible d’être embarrassant ou préjudiciable pour vous ou pour autrui.
- Bien réfléchir avant de publier : prenez le temps d’anticiper les conséquences potentielles de ce que vous vous apprêtez à publier en ligne.
- Bien choisir les personnes que vous suivez : sélectionnez les personnes que vous décidez de suivre et assurez-vous qu’elles sont des sources d’inspiration et de soutien.
- Faire des pauses régulières : limiter son temps en ligne aide à réduire les effets du stress et du cyberharcèlement.
- Signaler ou bloquer les contenus préjudiciables : si vous êtes témoin d’intimidation ou de harcèlement, utilisez les outils de signalement et bloquez les responsables.
- Défendre ce qui est juste : soutenez les personnes victimes d’intimidation ou de marginalisation.
Le webinaire INTERPOL sur la sensibilisation des jeunes à la cybercriminalité s’inscrit dans le cadre du projet ASPJOC (Opérations conjointes de lutte contre la cybercriminalité dans la région Asie-Pacifique Sud) financé par le Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni.
