Un éclairage inédit sur les risques d’abus et d’exploitation pédosexuels sur Internet au Kenya

24 novembre 2021
Au cours de la seule année écoulée, 7 % des enfants qui utilisent Internet se sont vu proposer de l’argent ou des cadeaux en échange d’images ou de vidéos d’eux-mêmes à caractère sexuel, et ont vu de telles images partagées sans leur consentement.

ECPAT, INTERPOL et le Bureau de recherche de l’UNICEF : Innocenti, avec le soutien de l’initiative Safe Online du Partenariat End Violence, publient aujourd’hui le rapport « Disrupting Harm in Kenya » (Prévenir le danger au Kenya).

Le rapport « Disrupting Harm in Kenya » dresse un état des lieux complet et détaillé des risques que courent les enfants sur Internet, de la façon dont ces risques se manifestent, de leurs liens avec d’autres formes de violence et de la manière dont nous pouvons les prévenir. La plupart des enfants victimes d’abus et d’exploitation sexuels sur Internet, quelle qu’en soit la forme (pédopiégage, contrainte ou chantage afin d’obtenir des images à caractère sexuel, diffusion en direct, etc.), ont également subi des abus physiques, sexuels ou émotionnels en personne.

Cette étude inédite, qui constitue le premier des 13 rapports de pays de la série Disrupting Harm, fournit des données exclusives et très complètes sur les abus et l’exploitation pédosexuels facilités/rendus possibles par la technologie numérique.

Principales conclusions de l’étude Disrupting Harm menée au Kenya :

  • Entre 5 et 13 % des enfants âgés de 12 à 17 ans qui utilisent Internet ont indiqué avoir fait l’objet d’abus et d’exploitation sexuels en ligne* au cours de l’année écoulée. On estime cependant que ce chiffre est probablement supérieur, car de nombreux enfants ne font pas état de ces faits.
  • Moins de 5 % des enfants victimes d’abus et d’exploitation sexuels sur Internet au cours de la dernière année déclarent l’avoir signalé officiellement à la police ou à une ligne d’écoute.
  • Au cours de la seule année écoulée, 7 % des enfants ont vu des images d’eux-mêmes à caractère sexuel partagées sans leur consentement. Cela représenterait 350 000 enfants par an au Kenya.
  • Sept pour cent des enfants déclarent qu’on leur a proposé de l’argent ou des cadeaux au cours de la dernière année en échange d’images ou de vidéos d’eux-mêmes à caractère sexuel.
  • Au cours de l’année écoulée, 4 % ont fait l’objet de menaces ou d’un chantage sur Internet pour les inciter à se livrer à des activités sexuelles. Les menaces et demandes de ce type concernent aussi bien des garçons que des filles et passent souvent par les médias sociaux.
  • Au Kenya, on ne relève pratiquement aucune différence entre les sexes pour ce qui est des abus et de l’exploitation pédosexuels sur Internet, cette criminalité touchant aussi bien les garçons que les filles.
  • La plupart du temps, l’enfant connaissait déjà l’agresseur.

Le rapport « Disrupting Harm in Kenya » fournit des recommandations que peuvent mettre en œuvre le gouvernement, les législateurs, les entreprises et d’autres acteurs du pays afin de renforcer la prévention et la lutte contre cette criminalité au niveau national. Il montre que certaines formes d’abus et d’exploitation pédosexuels ne sont pas considérées comme des infractions pénales en droit kényan. La plupart des incidents ne sont pas signalés, le plus souvent par peur de la stigmatisation. Si les enfants racontent ce qui leur est arrivé, c’est souvent à quelqu’un qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance. Cela n’a rien d’exceptionnel car, dans la plupart des pays, les violences à l’égard des enfants ne font pas l’objet d’un signalement.

L’étude réalisée a également montré que le Gouvernement du Kenya dispose déjà de programmes solides pour lutter contre les abus et l’exploitation pédosexuels sur Internet et apporter un soutien aux survivants. Il lancera son nouveau Plan national d’action contre les abus et l’exploitation pédosexuels sur Internet au cours des prochains mois, manifestant ainsi une volonté et un engagement politiques forts pour lutter contre cette criminalité dont sont victimes les enfants.

En conclusion de l’étude menée, le rapport « Disrupting Harm in Kenya » formule des suggestions pratiques à l’intention des partenaires nationaux, des entreprises et du Gouvernement du Kenya, notamment :

  • Renforcer et diversifier les mécanismes permettant aux enfants de faire état de préoccupations, de signaler des incidents et de demander de l’aide et des conseils, notamment par des méthodes en ligne simples, qui leur sont adaptées. Veiller à ce qu’aucune réponse apportée aux abus et à l’exploitation pédosexuels n’en rejette la responsabilité sur l’enfant ;
  • Informer la population au sujet des abus et de l’exploitation pédosexuels – y compris du rôle de la technologie – au moyen de programmes efficaces et à grande échelle ;
  • Apprendre aux personnes ayant la charge des enfants à leur parler de leur vie (en ligne et hors ligne), et remettre en question les tabous qui empêchent les enfants et les adultes de parler de sexe ou de demander de l’aide ;
  • Adopter une législation et des politiques imposant aux plateformes de médias sociaux et autres services Internet de contribuer de manière active à la sécurité des enfants sur leurs plateformes, en conservant les données, en supprimant l’accès aux contenus à caractère pédosexuel, en détectant et en signalant les incidents, et en répondant sans délai aux demandes d’information justifiées des services chargés de l’application de la loi ;
  • Apporter un soutien financier public à la ligne d’écoute nationale pour les enfants, Childline Kenya, pour garantir sa pérennité et améliorer sa capacité à fournir un soutien psychosocial aux enfants, notamment sur les questions liées aux abus et à l’exploitation pédosexuels ;
  • Fournir à tous les enfants qui signalent des faits d’abus et d’exploitation sexuels, ainsi qu’aux personnes qui en ont la charge, des services de qualité, notamment un dossier d’information standard sur leurs droits, y compris à réparation, et sur les procédures qui seront suivies.

« Je trouve encourageante l’élaboration, par le Gouvernement du Kenya, d’un Plan d’action national pour lutter contre les abus pédosexuels. Dans ce contexte, je me réjouis de la publication, ce jour, du premier rapport de pays Disrupting Harm consacré au Kenya. Ce rapport fournit de nouveaux éléments et de nouvelles données qui guideront les mesures permettant aux enfants kényans d’utiliser Internet en toute sécurité, et notamment de les protéger contre les abus et l’exploitation sexuels en ligne », a déclaré Howard Taylor, Directeur du Partenariat mondial End Violence against Children.

« Le fonds End Violence investira 15 millions d’USD afin d’appuyer la mise en œuvre des conclusions des rapports de pays Disrupting Harm en Asie du Sud-Est ainsi qu’en Afrique de l’Est et en Afrique australe, y compris au Kenya. »

En 2019, dans le cadre de son initiative Safe Online, le Partenariat End Violence a investi afin de mettre sur pied Disrupting Harm, un projet de recherche innovant et global, mené par ECPAT, INTERPOL et le Bureau de recherche de l’UNICEF : Innocenti, qui tire parti de l’expertise spécifique de ces trois organisations mondiales et de leurs partenaires locaux.

Ce document est le premier d’une série de 13 rapports de pays et de deux rapports régionaux qui seront publiés prochainement. Des études similaires ont été menées dans 12 autres pays d’Afrique de l’Est, d’Afrique australe et d’Asie du Sud-Est, ce qui permet de procéder à des comparaisons entre pays.

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(*) Définition des abus et de l’exploitation pédosexuels sur Internet : les abus et l’exploitation pédosexuels sur Internet (en anglais OCSEA pour Online child sexual exploitation and abuse) désignent les situations faisant appel aux technologies numériques, de la communication et d’Internet à un moment donné du continuum des abus ou de l’exploitation. Ceux-ci peuvent se produire exclusivement sur Internet, ou associer des interactions en ligne et en personne entre les agresseurs et les enfants.

Pays concernés