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26 septembre 2018

La criminalité organisée alimente les grands conflits et le terrorisme dans le monde entier

Le crime organisé se taille la part du lion des 31,5 milliards de dollars de flux financiers illicites dans les zones de conflit et autour

NATIONS UNIES (New York) – Selon un nouveau rapport, l’exploitation et la taxation illégales de l’or, du pétrole et d’autres ressources naturelles sont en train de supplanter les sources traditionnelles de financement des groupes terroristes et extrémistes, telles que les enlèvements contre rançon et le trafic de drogues. 

L’Atlas mondial des flux illicites, élaboré par INTERPOL, RHIPTO – un centre norvégien qui collabore avec l’ONU – et laGlobal Initiative Against Transnational Organized Crime(Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale), offre pour la première fois un panorama complet de leur poids dans les conflits du monde entier. 

Sur les 31,5 milliards d’USD de flux illicites générés annuellement dans les zones de conflit, 96 % vont aux organisations criminelles, l’argent servant à alimenter les conflits violents.

Élaboré à partir d’informations publiques et de renseignements criminels, l’Atlas mondialrecense plus de 1 000 itinéraires empruntés par la contrebande et d’autres mouvements illicites.

Exploitation des ressources naturelles

L’exploitation illégale des ressources naturelles/environnementales telles que l’or, les minerais, le diamant, le bois, le pétrole, le charbon et les espèces sauvages, constitue à l’heure actuelle la plus importante source de financement des conflits, représentant à elle seule, selon les estimations, 38 % des flux financiers illicites en direction des groupes armés impliqués dans des conflits.

Lorsque les revenus tirés de ces ressources naturelles s’ajoutent à leur taxation illicite et à leur extorsion (26 %) par les mêmes groupes armés non étatiques, ce chiffre atteint les 64 %.

  • 38 % - Atteintes à l’environnement, dont exploitation illégale du pétrole, de minerais et d’or
  • 28 % - Drogue
  • 26 % - Taxation illégale, extorsion, confiscation et pillage
  • 3 % - Dons extérieurs
  • 3 % - Argent extorqué grâce aux enlèvements contre rançon
  • 1 % - Charbon
  • 1 % - Antiquités

« L’énorme volume d’argent illicite généré par l’exploitation des ressources naturelles est particulièrement préoccupant. Les réseaux criminels et leurs activités alimentent des conflits violents, ce qui fragilise l’État de droit », a déclaré Jürgen Stock, le Secrétaire Général d’INTERPOL. « Le rapport donne une nouvelle impulsion aux efforts que nous déployons sans relâche pour endiguer ces flux illicites et combattre la menace que fait peser la criminalité organisée transnationale sur la paix, le développement et la sécurité », a-t-il ajouté.

« La lutte contre la criminalité organisée doit être considérée comme un facteur significatif de la prévention et la résolution des conflits si nous devons réussir à assurer la paix », a indiqué Christian Nellemann, le chef du Centre RHIPTO.

« Dans nombre de cas, les groupes criminels, dont certains sont étroitement liés aux élites politiques, peuvent avoir tout intérêt à voir les luttes armées se répéter et se poursuivre afin d’assurer leur domination sur les ressources naturelles et les axes commerciaux. »

La réponse aux flux et marchés illicites

Sur les 1 113 résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU adoptées entre 2000 et 2017, 35 % mentionnent des formes de criminalité, et au cours de chacune des cinq dernières années, plus de 60 % de ces résolutions prescrivaient une réponse aux flux et marchés illicites.

« La criminalité organisée pèse de plus en plus sur la paix, la sécurité et le développement », a déclaré Mark Shaw, Directeur de laGlobal Initiative Against Transnational Organized Crime. « C’est devenu un phénomène mondial, présent dans une convergence de conflits, de l’Afrique au Moyen-Orient en passant par les Amériques, et présentant un lien clairement établi avec la réponse au terrorisme international. »

Renforcer la répression, le partage d’informations et l’analyse est essentiel pour prévenir, déstabiliser et neutraliser les groupes armés violents et acteurs de la criminalité organisée qui créent un environnement d’impunité et d’instabilité.

Pour les sept principaux groupes extrémistes de rebelles et de terroristes, le total des financements est compris entre 1 et 1,39 milliard de dollars par an. Le trafic peut également porter sur l’acheminement de marchandises en violation des sanctions de l’ONU.

  • En 2017, quelque 40 000 membres des Taliban ont perçu un revenu estimé entre 75 et 95 millions d’USD provenant de taxes illégales – sur la drogue, la terre et les produits agricoles – et dons de l’étranger.
  • À la mi-2017, l’EEIL/Daech gagnait 10 millions d’USD par mois selon les estimations. Ce chiffre est en baisse de 98 % par rapport au niveau record de 549 – 1 693 millions d’USD atteint en 2014. Selon toute probabilité, le groupe a des réserves considérables, dont on ne connaît pas le montant.
  • Les gains engrangés par les groupes HTS en Syrie et JNIM au Sahel issus d’Al-Qaida sont estimés à entre 18 et 35 millions, et 5 et 35 millions d’USD respectivement, provenant de taxes illégales, de dons, d’enlèvements contre rançon, du trafic de cigarettes de contrefaçon et de drogues.
  • Al-Shabaab a perçu 20 millions d’USD, provenant pour moitié du commerce illicite de charbon et reste de taxes illégales.
  • Boko Haram a gagné entre 5 et 10 millions d’USD selon les estimations, provenant principalement de taxes illégales, d’attaques de banques, de dons d’autres groupes terroristes et d’enlèvements contre rançon.

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