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Introduction
Le présent document définit un certain nombre de méthodes
et de procédures à utiliser dans le domaine de l'identification
par les empreintes digitales. Il est le fruit d'un travail mené en étroite
collaboration avec des spécialistes de la dactyloscopie de plusieurs
pays européens, dont la compétence et l'expérience sont
reconnues. Les recommandations qu'il contient pourront servir de référence
pour procéder au mieux dans ce domaine.
L'objectif premier est de pouvoir garantir la solidité des éléments
de preuve dactyloscopiques, cette solidité étant un devoir vis-à-vis
de la société. Les méthodes et les procédures dont
il est fait état ici ont été décrites avec la conscience
de ce devoir, mais aussi avec celle des risques d'erreur inhérents à
l'activité.
Il s'agit de lignes directrices à suivre tout au long d'une série
d'activités devant avoir pour résultat la présentation
des preuves d'identité les plus formelles qui puissent être. Cependant,
aussi utiles et importantes qu'elles soient, ces lignes directrices n'ont de
valeur que si elles sont appliquées par des professionnels expérimentés
et bien formés qui en comprennent le sens et auxquels est donnée
la possibilité d'opérer dans un environnement adapté.
Exercer la présidence de ce groupe de travail a été pour
moi un honneur et prendre part à ses débats un plaisir. Je tiens
par ailleurs à ajouter que l'esprit dans lequel se sont déroulés
ces débats a véritablement fait honneur aux fondateurs de la dactyloscopie.
A. J. ZEELENBERG
Président du Groupe d'experts européens d'Interpol
sur l'identification par les empreintes digitales
Chef du service national de dactyloscopie des Pays-Bas
Le Groupe d'experts d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales
a vu le jour en 1998, suite à une proposition approuvée lors de
la 26ème Conférence régionale européenne qui s'est
tenue en mai 1997 en Slovaquie. En novembre 1997, le Comité européen
d'Interpol a approuvé la proposition d'étudier la possibilité
de définir une norme européenne en matière d'identification
par les empreintes digitales, précisant la nature du travail à
accomplir dans les termes suivants :
"Tenant compte des méthodes et procédures actuellement
suivies par les pays européens membres d'Interpol en matière d'identification
par les empreintes digitales, il est demandé au Groupe de travail européen
sur l'identification par les empreintes digitales d'étudier la possibilité
de définir une norme européenne commune sur ce sujet, prévoyant
la normalisation des procédures et la détermination d'un nombre
fixe de points caractéristiques et d'autres éléments distinctifs."
Les diverses méthodes d'identification par les empreintes digitales
employées en Europe sont représentées dans le groupe. Les
débats ont fait apparaître qu'il existait en fait deux grands types
d'approche/deux systèmes en ce qui concerne la comparaison/l'identification
et la présentation des éléments de preuve dactyloscopiques :
- une approche "empirique" fondée sur une norme quantitative,
et
- une approche "holistique" plus qualitative.
Le présent rapport propose des principes de fonctionnement aux services
de dactyloscopie en tenant compte des deux types d'approche existants, et formule
des recommandations sur la manière de procéder et d'évaluer
le personnel. Le groupe de travail considère que quelle que soit l'approche
adoptée, si les services de dactyloscopie européens opèrent
comme il est indiqué et suivent les recommandations relatives au contrôle
des processus, à la formation et à l'évaluation des compétences,
les résultats obtenus et les éléments de preuve présentés
ne pourront être qu'exacts et certains.
Les procédures garantes de la sécurité dans le cadre de
chacune des deux approches tiennent compte des nécessités suivantes :
- Tous les processus doivent être définis dans leur totalité
par écrit, afin de permettre l'audit des actions effectuées.
- Les opérateurs doivent avoir été parfaitement formés
(voir le rapport du Groupe de mise en uvre de la normalisation de la
formation en matière de dactyloscopie).
- Les opérateurs doivent être régulièrement testés
sur leur compétence à prendre des décisions en matière
d'identification.
- Les opérateurs doivent travailler dans un environnement adapté,
afin que puisse être écarté tout risque de pression et
de subjectivité
Le Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification par les
empreintes digitales s'est également penché sur la question de
la recevabilité pour un pays des résultats obtenus dans un autre.
Les règles juridiques et les approches techniques étant différentes
d'un pays à l'autre, le destinataire doit vérifier intégralement
toute identification provenant d'un pays tiers. Ainsi, actuellement, seul le
pays destinataire peut ou devrait décider de la validité d'une
identification dans le cadre juridique qui est le sien. Cette façon de
procéder est d'ailleurs conforme à celle exposée dans les
recommandations du Groupe de travail européen d'Interpol sur les normes
en matière de dactyloscopie présentées en mai 1997 devant
la Conférence régionale européenne.
Dans le présent rapport, le Groupe d'experts européens d'Interpol
sur l'identification par les empreintes digitales exprime en outre son inquiétude
quant à l'utilisation croissante des systèmes de scannérisation
directe. La disparition progressive du support papier présente en effet
des risques en ce qui concerne l'identification proprement dite et la valeur
juridique des éléments de preuve dactyloscopiques, dans la mesure
où les images produites par ces systèmes ne sont pas de parfaites
reproductions des empreintes relevées : le logiciel compresse les
données, ce qui induit la perte de certaines informations pouvant être
essentielles à l'identification. On voit donc que le caractère
"formel" des identifications par les empreintes digitales risque d'être
remis en question par l'utilisation de ces systèmes.
Le Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification par les
empreintes digitales considère que quel que soit le type d'approche adopté,
certains éléments qualitatifs fondamentaux doivent toujours être
présents, afin de garantir la précision et la cohérence
des résultats. Les recommandations/lignes directrices exposées
ci-après sont destinées à aider les services de dactyloscopie
à remplir leur tâche de manière professionnelle.
Règles de fonctionnement d'un service de dactyloscopie
- Tout service de dactyloscopie devrait définir par écrit l'ensemble
de ses procédures, en décrivant de façon exhaustive tous
les processus entrant dans l'accomplissement de sa tâche.
- Toute modification apportée à une procédure devrait
être étudiée de manière approfondie et définie
par écrit avant d'être mise en uvre.
- La procédure d'identification adoptée par un service devrait
comporter les étapes suivantes :
- une première comparaison aboutissant à une conclusion ;
- une deuxième comparaison aboutissant ou non à la même conclusion (vérification).
(L'intervention de deux spécialistes opérant indépendamment
l'un de l'autre est une exigence minimum. Dans la pratique, la plupart des
pays prévoient l'intervention de trois spécialistes sans lien
entre eux).
Pour prendre sa décision, chaque dactylotechnicien devrait suivre les
étapes préconisées dans le présent rapport (Information
- Comparaison - Evaluation - Conclusion).
- Il est souhaitable que le travail d'un service de dactyloscopie fasse l'objet
d'audits réguliers conduits par des personnes indépendantes,
afin de s'assurer que les différentes tâches sont exécutées
conformément aux procédures définies.
Evaluation des compétences des dactylotechniciens
- Chaque dactylotechnicien devrait être officiellement testé
à intervalles réguliers sur sa capacité à prendre
des décisions d'identification.
- Parallèlement, il conviendrait de définir les mesures à
prendre vis-à-vis de ceux qui échouent aux tests.
Environnement de travail
- L'environnement de travail devrait permettre d'exclure toute possibilité
d'influence ou de pression extérieure.
- Chaque dactylotechnicien devrait avoir à sa disposition le matériel
technique (loupes, éclairages, épiscopes de comparaison, agrandisseurs,
etc.) nécessaire aux travaux de comparaison/identification, ou au moins
y avoir accès.
- Aucune contrainte de temps ne devrait être imposée aux dactylotechniciens
lorsqu'ils entreprennent une comparaison.
Code de conduite
- Les dactylotechniciens devraient :
- se conformer à un code de déontologie (cf. l'exemple du
Council for the Registration of Forensic Practioners du Royaume-Uni figurant
à l'annexe 2) ;
- opérer de manière professionnelle et rendre compte des actions
effectuées dans le cadre de leur travail.
Echanges d'éléments de preuve dactyloscopiques entre pays
- Seul le pays destinataire peut ou devrait décider de la validité
d'une identification compte tenu du cadre juridique qui est le sien.
- Le pays destinataire devrait confirmer les identifications établies
par un autre pays.
Recommandations sortant du cadre du mandat du groupe
- Le Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification par
les empreintes digitales a rempli au mieux la mission qui lui avait été
confiée et a exposé dans le présent rapport un certain
nombre de recommandations importantes ayant trait à la méthodologie
et aux procédures d'identification. Les membres du groupe dans leur
ensemble pensent qu'il est également important de codifier la pratique
du processus de comparaison, d'élaborer des définitions et de
définir des lignes directrices afin d'encourager l'évolution
vers davantage d'harmonisation et d'assurance qualité en Europe.
C'est pourquoi le groupe recommande à la Conférence régionale
européenne d'envisager de le reconduire à nouveau, en définissant
sa mission dans les termes proposés à l'annexe
3.
- Le futur "Groupe-II" aura des thèmes très divers
à traiter, allant du contrôle de qualité aux applications
de la psychologie. Ses membres seront donc amenés à formuler
des observations, des avis et des impressions qu'il est déjà
difficile d'exprimer dans sa langue maternelle. De plus, il devra régler
des questions d'ordre linguistique telles que l'élaboration d'une terminologie
et de définitions qui constitueront une "grammaire" de la
dactyloscopie facilitant et encourageant à l'avenir la discussion entre
pays. Afin de permettre une participation pleine et égale de tous les
délégués, il est de la plus haute importance que l'interprétation
soit assurée. Compte tenu de la composition actuelle du groupe de travail,
cela signifie qu'elle devrait être assurée pour le français.
- Le travail de dactyloscopie comporte un large éventail de tâches
allant du témoignage au tribunal à l'archivage, de l'établissement
de la preuve à l'exploitation de gros systèmes informatiques,
et de la mise en uvre de techniques de détection à la
formation, etc. De plus, comme pratiquement aucune université ou société
privée ne travaille dans ces domaines, les spécialistes doivent
acquérir et mettre à jour leurs connaissances par eux-mêmes.
Compte tenu de ces éléments, les membres du groupe de travail
pensent que les spécialistes et les chefs des services de dactyloscopie
nationaux pourraient beaucoup apprendre les uns des autres en se faisant part
de leurs expériences, de leurs préoccupations, de leurs idées,
de leurs problèmes et de leurs solutions. Le groupe recommande donc
que la Conférence régionale européenne donne son aval
à l'organisation en 2001 d'une conférence internationale sur
la dactyloscopie, afin de permettre l'échange d'informations de base
dans ce domaine. Les réalisations des différents groupes de
travail Interpol depuis la dernière conférence internationale
qui s'est tenue en 1995 pourraient être l'un des thèmes de discussion
de cette nouvelle rencontre.
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Création du Groupe d'experts européens
d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales
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- Sur la base d'une décision prise par la 26ème Conférence
régionale européenne réunie à Pietany (Slovaquie)
en mai 1997 et d'une étude réalisée par le Bureau de
liaison européen, le Comité européen d'Interpol a décidé
lors de sa 18ème réunion, en novembre 1997, de créer
le Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification par les
empreintes digitales.
Cette initiative a été motivée par :
- la volonté de mettre en place en Europe une formation "normalisée"
à la dactyloscopie (Groupe de travail européen d'Interpol
sur les normes en matière de dactyloscopie/Groupe de mise en uvre
de la normalisation de la formation en matière de dactyloscopie) ;
- le nombre croissant d'affaires dans le cadre desquelles il y a échange
d'éléments de preuve entre pays membres ;
- la probabilité de voir, dans un avenir très proche, un nombre
croissant d'experts venir témoigner devant les tribunaux d'autres
pays, d'où des risques de divergences susceptibles de nuire à
la crédibilité des éléments de preuve dactyloscopiques ;
- la proposition visant à créer un groupe de travail formulée
par la délégation néerlandaise lors de la 26ème
Conférence régionale européenne.
Afin de garantir la solidité des éléments de preuve
dactyloscopiques et de faire en sorte que les conclusions d'un expert puissent
être confirmées par un autre, de quelque nationalité qu'il
soit, l'idée a été qu'une méthode commune, avec
des procédures et des normes bien définies, serait la meilleure
solution.
- Le mandat du groupe formulé par le Comité européen
d'Interpol en novembre 1997 est le suivant :
"Tenant compte des méthodes et procédures actuellement suivies par les
pays européens membres d'Interpol en matière d'identification par les empreintes
digitales, il est demandé au Groupe de travail européen sur l'identification
par les empreintes digitales d'étudier la possibilité de définir une norme
européenne commune sur ce sujet, prévoyant la normalisation des procédures
et la détermination d'un nombre fixe de points caractéristiques et d'autres
éléments distinctifs."
- Les réunions du groupe ont été organisées par
le Secrétariat général d'Interpol, qui a invité
les délégations préalablement désignées
de l'Allemagne, de la France, de la Hongrie, de la Lettonie, de la Moldova,
de la Norvège, des Pays-Bas et du Royaume-Uni, ainsi que des représentants
du Secrétariat général, à y participer. Il a été
proposé aux Pays-Bas d'assurer la présidence du groupe, ce qu'ils
ont fait une fois l'approbation des délégués recueillie
lors de la première réunion. Le Secrétariat général
s'est chargé quant à lui de rédiger les compte rendus
des réunions.
Pour des raisons pratiques, la délégation des Pays-Bas a en
outre proposé de se charger des travaux administratifs liés
à la présidence du groupe et d'élaborer un projet de
rapport. La délégation du Royaume-Uni a quant à elle
proposé de réviser le document.
- La Lettonie et la Moldova, et ultérieurement l'Ukraine, ayant fait
savoir qu'il leur était impossible de participer aux travaux du groupe,
la Pologne et la Grèce ont été invitées à
se joindre au groupe. Ces deux pays ont volontiers accepté l'invitation
et participent depuis aux travaux.
- Le Royaume-Uni est représenté depuis la création du
groupe par deux délégués : un de New Scotland Yard
représentant l'Association of Chief Police Officers pour l'Angleterre,
le Pays de Galles et l'Irlande du Nord, et l'autre du Scottish Criminal Record
Office représentant l'Association of Chief Police Officers pour l'Ecosse.
- La composition du groupe de travail est finalement la suivante :
- Allemagne,
- France,
- Grèce,
- Hongrie,
- Norvège,
- Pays-Bas (assurant la présidence et le secrétariat),
- Pologne,
- Royaume-Uni,
- plus le Secrétariat général d'Interpol (assurant l'organisation et se
chargeant du compte rendu).
- Dans le cadre du groupe de travail, il a été reconnu que les
questions à débattre étaient délicates et seraient
difficiles à formuler ouvertement. Bien que les pays membres du groupe
aient été dûment informés de l'absence d'interprétation
simultanée, le fait a entravé les discussions, l'une des délégations
n'étant pas en mesure d'y participer pleinement.
- Le groupe s'est réuni au Secrétariat général à Lyon aux dates suivantes :
- les 24 et 25 février 1998,
- les 27 et 28 octobre 1998,
- les 24 et 25 février 1999,
- les 17 et 18 novembre 1999,
- les 15 et 16 février 2000.
- Au cours de ces réunions, toutes les délégations ont
présenté des exposés sur les procédures en usage
dans leur pays et ont donné leur opinion sur la question de l'adoption
d'une norme commune.
Une séance de réflexion a été organisée
en février 1998, dont les résultats ont été
exploités dans les discussions ultérieures ainsi que dans
le rapport.
Les délégations ont communiqué des documents sur
les procédures et les normes en vigueur dans leurs pays respectifs.
Ces documents seront diffusés aux pays membres d'Interpol sur le
site Web du Secrétariat général.
Lors de la deuxième réunion, les membres du groupe dans
leur ensemble ont manifesté leur préoccupation en ce qui concerne
l'utilisation croissante de la scannérisation directe.
Le groupe a approuvé la proposition d'adresser une lettre sur cette
question à la 21ème Réunion du Comité européen
d'Interpol devant se tenir en novembre 1998. Le Comité a pris note
de cette lettre (cf. annexe 1), qui sera également
diffusée sur le site Web d'Interpol.
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Valeur des éléments de preuve dactyloscopiques
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- Voici déjà bien longtemps que les empreintes digitales sont
utilisées comme moyen d'identification, dans le cadre judiciaire ou
pour d'autres raisons. Leur fiabilité est à tel point proverbiale
qu'elles servent souvent de modèle ou de référence pour
d'autres (nouvelles) techniques de police scientifique, principalement afin
de tirer parti de cette image largement répandue. En l'espace de quelques
décennies, on ne compte plus les identifications opérées
par la police et les autorités civiles grâce à l'étude
des empreintes digitales ; les empreintes sont d'ailleurs souvent un élément
essentiel de leurs fichiers. Une détection prompte et fiable des tentatives
de tromperie sur l'identité garantit l'exactitude des fichiers et facilite
le travail d'enquête de la police. Il est permis de penser que les empreintes
rempliront encore longtemps cette fonction, en raison de leurs propriétés
uniques. De plus, la simplicité du relevé et, avec l'avènement
des systèmes informatisés, celle de la transmission, de l'établissement
de la formule digitale et du classement, ont permis la constitution de gigantesques
fichiers auxquels il est possible d'accéder depuis n'importe quel point
du globe.
Schématiquement, on peut estimer qu'entre 5 et 15 % de la population
mondiale a été dactyloscopiée et que ses empreintes figurent
dans un fichier. Aujourd'hui, partout dans le monde, des ordinateurs comparent
en permanence des millions d'enregistrements par seconde, explorant la totalité
des bases de données, empreintes partielles comprises, et fournissent
des résultats avec une extrême rapidité. L'axiome selon
lequel il ne peut pas se trouver deux personnes ayant des empreintes digitales
identiques est fermement établi, et la comparaison de milliards d'empreintes
par jour n'ayant jamais prouvé le contraire, le caractère unique
des empreintes digitales se trouve plus que jamais réaffirmé.
- En ce qui concerne les enquêtes sur des infractions, les empreintes
digitales relevées sur la "scène de crime" conduisent
à davantage de suspects et sont à l'origine de davantage d'éléments
de preuve présentés aux tribunaux que toutes les autres techniques
de police scientifique réunies.
Enfin, les résultats obtenus, année après année,
à la fois en termes de volume et de fiabilité, ont fait que
les éléments de preuve dactyloscopiques sont rarement contestés.
- Spécificité des éléments de preuve dactyloscopiques
Les services de dactyloscopie sont souvent implantés dans les locaux
des services de police, ou au moins à proximité, contrairement
aux autres services de police scientifique, qui se trouvent souvent dans des
laboratoires séparés. Dans les services de dactyloscopie, les
enquêteurs sont souvent des policiers ou des civils formés à
la dactyloscopie, alors que les autres services de police scientifique réunissent
des professionnels de nombreuses disciplines. Les conclusions d'un examen
d'empreintes digitales sont les plus fiables qui existent, même si,
parfois, les traces latentes relevées sur les lieux d'infractions peuvent
être considérées comme étant "à la
limite de l'exploitable". Les empreintes digitales permettent de relier
avec certitude un suspect à un lieu d'infraction, et en même
temps d'exclure tout autre auteur.
Il peut être demandé au dactylotechnicien de remplir deux
fonctions aux objectifs opposés : lorsqu'il recherche des empreintes
latentes sur un lieu d'infraction et explore des fichiers, sa motivation
et son objectif premiers sont de déterminer l'auteur de ces empreintes,
mais lorsqu'une correspondance probable a été mise en évidence,
il doit se métamorphoser en enquêteur indépendant et
sans a priori.
Il existe peu de techniques dans lesquelles les processus de sélection
et d'établissement de la preuve soient si intimement mêlés.
- Préoccupations
- Le travail du dactylotechnicien tel qu'il a été décrit dans ce qui précède
comporte un certain nombre de risques et présente certaines caractéristiques
qui le desservent : l'acceptation aveugle, la dualité des fonctions, la
place dans l'organisation générale des services et la formation de base
non scientifique des professionnels, tous éléments qui créent un ensemble
de conditions plus ou moins préjudiciables à un travail indépendant et
objectif.
- Les erreurs d'identification signalées ont probablement pour
origine une culture "malsaine" provenant de l'absence de contrôle
de qualité. De façon générale, les erreurs
pourraient être évitées, mais elles existent néanmoins,
et lorsqu'elles se produisent, elles portent atteinte à l'image
de fiabilité de la dactyloscopie.
- L'échange d'éléments de preuve dactyloscopiques
entre des pays où les normes sont différentes peut, dans
certains cas, entraîner des divergences d'opinions quant au caractère
formel d'une identification. Les mêmes divergences peuvent survenir
lorsque des spécialistes d'un autre pays ayant adopté une
autre approche/un autre système sont invités à donner
une deuxième opinion. Dans ces cas, les deux systèmes/organisations
concernés peuvent aboutir à des résultats parfaitement
exacts et sûrs, mais à des opinions différentes tenant
à la différence des normes suivies et à leur application.
Même si aucune des deux conclusions n'est fausse en elle-même,
la divergence sera à coup sûr exploitée par la défense.
Les experts consultés peuvent alors mettre en avant ce qui constitue
le fondement de toute pratique scientifique, à savoir que la reproductibilité
des processus et de leurs résultats est en elle-même une
preuve de validité.
Méthodes et procédures - Objectif général
- Le dactylotechnicien a pour principale mission de rendre des conclusions
présentant toutes les garanties de fiabilité. Sa tâche consiste à traduire
l'information brute en arguments solides. Lorsque l'on dispose d'empreintes
digitales de bonne qualité et d'empreintes décadactylaires, il ne reste
généralement aucune place pour l'interprétation et l'erreur, et il y a peu
de risques de se tromper sur une identification. En revanche, avec les traces
latentes, plus le matériel recueilli est pauvre et plus le rôle du professionnel
prend de l'importance : celui-ci doit alors comparer, juger et valider ;
en appliquant certaines tolérances, il doit finalement se prononcer sur
le fait de savoir si les différences entre deux traces sont suffisantes
pour exclure qu'elles puissent provenir d'une seule et même personne. Dans
les cas difficiles traités par plusieurs personnes, des divergences d'opinion
peuvent se faire jour. Une personne peut en effet donner des valeurs différentes
aux mêmes éléments relatifs à la trace examinée et à sa similitude avec
l'empreinte de référence. L'une peut considérer que l'identification d'une
trace de mauvaise qualité est fiable, alors qu'une autre la considérera
comme sujette à caution. Ainsi, certains pourront qualifier d'"irresponsable"
une identification à partir de traces latentes à la limite de l'exploitable,
alors que d'autres la qualifieront de "carrément fausse", et pourront même
contester l'auteur proposé. Il arrive que de telles situations se produisent.
Or, la société est en droit d'attendre que les éléments de preuve présentés
par des spécialistes de police scientifique soient fiables, en particulier
si les conclusions se veulent aussi incontestables que la profession le
prétend.
- Si les résultats d'un processus prétendent à l'exactitude,
le moins que l'on puisse exiger est que les différentes composantes
de ce processus soient connues et contrôlées. La reproductibilité
est une exigence scientifique, et le premier test appliqué pour vérifier
une conclusion tirée de l'analyse de faits.
- Pourtant, la démarche qui aboutit à la présentation
d'éléments de preuve dactyloscopiques est empirique. Les dactylotechniciens
affirment en effet : "Nous avons raison aujourd'hui parce que rien
ne nous a jamais prouvé que nous ayons eu tort en procédant
ainsi". Et cette affirmation répétée, d'opinion
personnelle se mue en vérité incontestable au fil du temps.
Les éléments de preuve fiables sont le résultat de
la combinaison d'une méthode scientifique, de procédures détaillées
et de normes éprouvées.
- "Identification" vient du mot latin "identitas" dont
la racine est "idem", qui signifie "le même". On
trouve des termes similaires dans la plupart des langues modernes. En anglais
comme dans d'autres langues, ce mot peut avoir plusieurs significations, allant
de "désigner un groupe dont les composantes présentent
des propriétés similaires" à la signification retenue
en police scientifique de "rapporter des informations à un individu
(individualisation)" (Tuthill).
Dans le présent document, lorsque l'on parle d'"identification"
à propos d'une empreinte digitale, on veut dire, au sens scientifique
du terme, que
"l'empreinte digitale ou la trace latente examinée a Untel
pour auteur, à l'exclusion de toute autre personne."
- La méthode présentée ici est plus particulièrement
recommandée pour les traces latentes desquelles le dactylotechnicien
n'a pu tirer que des informations présentant un certain degré
d'incertitude. Autrement dit, elle ne s'impose pas dans sa totalité
pour les empreintes dont le dactylotechnicien a pu tirer beaucoup d'informations
de bonne qualité comme lorsqu'il dispose de fiches décadactylaires.
Certains éléments de cette méthode sont cependant à
recommander dans ce dernier cas.
- Les éléments de preuve dactyloscopiques ne devraient jamais
être présentés que comme des conclusions certaines. Les
conclusions vraisemblables ou probables n'ont aucune place, qu'elles
soient fondées sur des données numériques ou sur une
conviction personnelle. Si suffisamment d'informations peuvent être
tirées d'une empreinte, une conclusion certaine est toujours possible.
S'il n'est pas possible de tirer suffisamment d'informations d'une empreinte
pour pouvoir prendre une décision quant à l'identité
de son auteur, l'empreinte concernée devra être considérée
comme n'ayant aucune valeur pour l'identification. Aucune place ne peut être
laissée à la spéculation en ce qui concerne l'auteur
d'une empreinte car le nombre des probabilités d'erreur est impossible
à évaluer.
- L'environnement de travail
- Les erreurs d'identification ont des causes communes : les traces latentes
examinées étaient de mauvaise qualité, le dactylotechnicien
avait des a priori et/ou des pressions se sont exercées sur lui.
Dans ces cas, le ou les dactylotechniciens étaient persuadés
d'avoir raison et la plupart du temps, n'ont pas pu être convaincus
du contraire, mais les experts indépendants qui, par la suite,
se sont penchés sur les empreintes concernées, ont le plus
souvent jugé que ces empreintes comportaient trop peu d'informations
pour permettre une identification, voire même la comparaison, et/ou
qu'aucune vérification réelle n'avait eu lieu.
- Les identifications erronées tiennent à des erreurs humaines,
mais l'erreur est humaine : si l'homme était toujours capable de
juger en toute indépendance et objectivité, les erreurs
seraient quasiment impossibles. Or, le dactylotechnicien travaille dans
un environnement où il y a exigence de résultat et par conséquent
pressions : des pressions évidentes mais aussi la plupart du temps
cachées, des pressions externes, mais aussi internes. L'exigence
de résultat peut être particulièrement forte dans
certaines affaires en vue. Le problème est que le désir
de résultat mène à une perception "guidée"
et à une évaluation subjective. Il existe aussi un mécanisme
plus subtil, qui consiste inconsciemment à décider alors
que l'on est encore en train de comparer. Si un dactylotechnicien ayant
trouvé six points de concordance a soudain le sentiment d'approcher
de la vérité, sa perception et les vérifications
auxquelles il procède sont influencées par ce sentiment,
ce qui conduit souvent à donner trop de poids à certaines
informations, à négliger certaines différences et
appliquer une trop grande marge de tolérance.
- Tout devrait être mis en uvre pour préserver le travail
de dactyloscopie des pressions. Il est de la responsabilité de
l'encadrement de créer les conditions nécessaires à
une culture ouverte et saine. La culture "saine" commence par
la fixation d'objectifs adaptés pour le service concerné
: l'objectif du spécialiste de police scientifique n'est pas de
produire des résultats, mais de présenter des conclusions
scientifiquement justes sans avoir à tenir compte de qui elles
avantageront.
Le service ne doit pas participer au processus judiciaire en tant
que partie, ni formuler des conclusions en termes de gagnant ou de perdant.
- La hiérarchie
- En matière de décision scientifique, la position hiérarchique
n'est d'aucune valeur. Le risque de la prise de décision sur le
mode "vertical", qui doit être reconnu et éliminé
là où il existe, est que :
- le subordonné aligne son opinion sur celle du supérieur
hiérarchique ;
- il se persuade que le plus ancien "voit mieux" ;
- il soit incité à satisfaire le supérieur hiérarchique.
- En matière scientifique, la prise de décision doit se
fonder sur les principes suivants :
- les faits doivent être librement évalués et
argumentés ;
- ils doivent "parler d'eux-mêmes" ;
- les informations doivent pouvoir être démontrées
(même au profane) ;
- celui qui vérifie doit pouvoir rejeter ou confirmer sans
crainte ni désir de rendre service ;
- chaque expert doit être respecté pour son impartialité ;
- seule importe la qualité de l'information. Il ne doit pas
être tenu compte des pressions externes, de quelque nature qu'elles
soient.
- Même dans une situation idéale, les pressions et les a priori existeront
toujours, comme dans tout groupe social. Il est donc important de reconnaître
cette réalité, de traduire cette reconnaissance dans les faits et de mettre
en place des procédures pour traiter le problème.
Les résultats du processus d'identification par les empreintes digitales
peuvent être représentés comme le produit du travail du dactylotechnicien
par la qualité du processus d'identification. Et cette qualité ne peut
être obtenue que moyennant la connaissance du processus et la mise en
œuvre de procédures de contrôle telles que décrites dans la partie 9 du
présent document.
- En ce qui concerne la sélection des dactylotechniciens, il convient
d'insister sur l'importance d'avoir "la bonne attitude" et une culture
très large, qualités qui rendront ces professionnels capables
de remplir leurs fonctions et d'exercer les responsabilités qui seront
les leurs.
Un dactylotechnicien doit savoir juger l'environnement dans lequel il travaille
et savoir y reconnaître les risques de pressions et de subjectivité.
Il doit par ailleurs être suffisamment équilibré et "bien
dans sa peau" pour savoir les gérer. Il doit être en mesure
de rendre compte de son travail d'une manière professionnelle. Il ne
doit pas se sentir attaqué, adopter une position défensive ou
agir de façon dissimulée. Une attitude ouverte et critique vis-à-vis
de lui-même l'aidera à fournir un travail solide et responsable.
Le dactylotechnicien doit être disposé à expliquer et
à démontrer les faits observés et les conclusions auxquelles
il est arrivé. Il doit reconnaître la nécessité
et l'utilité de rendre compte, ce qui est à la fois une condition
essentielle de la qualité du travail et une attitude positive vis-à-vis
de la société et des collègues.
- Pour pouvoir travailler correctement, le dactylotechnicien doit être
bien équipé. Il doit également avoir de l'expérience
et une formation adaptée. L'expérience est nécessaire
pour pouvoir attribuer la valeur relative qui convient aux différents
éléments d'une comparaison. La justesse d'évaluation
des tolérances raisonnables s'acquiert avec la pratique. Les connaissances
ne peuvent quant à elles s'acquérir qu'au fil des comparaisons
d'empreintes très semblables.
- L'expérience doit croître de façon bien guidée.
Le discernement s'acquiert là où la consultation, la discussion
et la rectification ont droit de cité. "Faire" est souvent
insuffisant : il faut également apprendre la bonne façon de
faire. La formation est importante, de même que les contrôles
réguliers et la formation permanente sont essentiels pour se maintenir
au niveau professionnel requis.
- Les compétences techniques
- Les compétences techniques des dactylotechniciens doivent être testées
régulièrement. Un système d'évaluation officiel, faisant appel à des personnes
indépendantes, doit être mis en place, afin de vérifier la capacité des
dactylotechniciens à effectuer des comparaisons avec toute l'exactitude
voulue (c'est-à-dire à arriver aux conclusions justes
- Le système d'évaluation adopté devra
- comporter un exercice de comparaison entre au moins dix traces latentes
et dix jeux d'empreintes décadactylaires, le but étant de prendre
une décision d'identification ;
- prévoir l'environnement et les équipements nécessaires ;
- assurer une évaluation indépendante des résultats, l'anonymat étant
préservé afin de garantir l'objectivité des examinateurs ;
- prévoir la communication des résultats aux intéressés par leur hiérarchie ;
- prévoir une procédure de recours permettant au candidat de contester
les résultats de l'examen en cas d'échec ;
- prévoir une "remise à niveau" et un nouvel examen après confirmation
d'un échec ;
- définir la conduite à tenir en cas d'échec au deuxième test (il
faudrait considérer qu'il n'est plus possible d'employer en qualité
d'"expert" un dactylotechnicien qui a échoué au deuxième test. Cependant,
les décisions quant à la carrière professionnelle des personnes doivent
rester de la compétence du pays ou du service concerné. Elles pourraient
aller, par exemple, de l'emploi sans le titre d'expert, mais avec
la possibilité de le redevenir, au licenciement pur et simple).
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Autres groupes de travail Interpol travaillant
dans le domaine de la dactyloscopie
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Déontologie professionnelle
- Le dactylotechnicien a le devoir moral de procéder à un
examen et à une évaluation complets, en toute impartialité,
et de rendre une conclusion tout aussi impartiale. En outre, pendant toute
sa période d'activité professionnelle, on est en droit d'attendre
de lui qu'il se conduise d'une façon qui fasse honneur à
lui-même et à sa profession.
- L'attitude conforme à la déontologie souhaitée peut
être définie comme suit : "Résister à la tentation
de mal agir". Pour "bien agir", deux éléments
sont importants : premièrement, que le "bon chemin" à
suivre soit défini ; deuxièmement, que le professionnel connaisse
son rôle et s'y cantonne. Par exemple, dès lors qu'un dactylotechnicien
indépendant, dont le rôle est de participer au processus judiciaire,
endosse le rôle de "combattant anticriminalité", ou
a l'impression que son rôle consiste à délivrer la société
du mal, le résultat (autrement dit, l'identification) devient plus
important que l'impartialité. Aussi sympathique qu'une telle conviction
puisse être, l'intéressé fait fausse route dès
lors que ses opinions personnelles influencent l'attitude professionnelle
que la société est en droit d'attendre de lui dans sa participation
au processus judiciaire.
- La déontologie n'est pas inscrite dans nos gènes. En
général, les personnes qui se trompent ne sont pas mauvaises
par nature. Il se peut tout simplement qu'elles réagissent différemment
- et parfois mal - dans les situations difficiles, en particulier si elles
sont victimes de conflits d'intérêts qu'elles ne savent pas
reconnaître et/ou sont mal préparées à gérer.
Une attitude conforme à la déontologie ne peut donc exister
que dans le cadre d'une culture saine et ouverte.
Les "indices" d'une attitude non conforme à la déontologie
sont : les justifications à base d'arguments étrangers à
la dactyloscopie, l'interprétation des règles au gré
de ses exigences personnelles et le fait, lorsque le doute surgit, de préférer
continuer sur sa lancée plutôt que d'avoir la prudence de s'arrêter
et de réfléchir.
Detail des méthodes et procédures
- La méthode
La méthode en usage dans tout service doit être définie
par écrit et pouvoir être soumise à audit. Cette "règle
du jeu" doit en outre être connue avant que le jeu ne commence
et ne doit pas être modifiée en cours de partie. En d'autres
termes, elle doit satisfaire à une double exigence de transparence
et de permanence. En matière d'identification par les empreintes digitales,
le caractère empirique du processus commande d'observer les mêmes
principes. On satisfait au mieux à l'exigence scientifique de reproductibilité
(c'est-à-dire le fait qu'un autre dactylotechnicien utilisant les mêmes
méthodes arrive à la même conclusion sur une empreinte
donnée) si l'on dispose d'une méthode et de procédures
normalisées, ce qui est quasiment impossible dans le cas contraire.
- Raisonner les changements
On ne devrait introduire des changements qu'en s'entourant de nombreuses précautions
et après une étude approfondie de leurs conséquences
(à long terme). Le risque de se tromper doit être nul (pour être
incontestable, un élément de preuve nécessite que le
risque d'erreur soit nul). Tout changement doit être justifié
par des raisons tenant strictement au travail et solidement argumenté.
La procédure de changement doit être bien définie. Il
va sans dire que les changements ne devraient jamais être introduits
aux fins d'une affaire particulière ou en cours d'affaire, dans le
but de favoriser une conclusion ou une autre.
- Mise en uvre du processus
Les conditions minimales nécessaires en ce qui concerne le processus
de comparaison sont les suivantes :
- Le dactylotechnicien qui examine en premier les empreintes concernées
doit avoir le moins de liens possibles avec l'affaire, afin de pouvoir
raisonner en toute indépendance. L'idéal est que cette personne
ne soit pas celle qui a procédé au recueil des éléments
de preuve sur le terrain.
- L'examen des empreintes doit se dérouler dans un environnement
calme, le dactylotechnicien devant être tenu éloigné
physiquement et mentalement du travail d'enquête de la police.
- La hiérarchie doit prendre les dispositions nécessaires
pour que le dactylotechnicien ne soit pas interrompu dans le cours d'un
même dossier et travaille à l'écart.
- Il est conseillé que le dactylotechnicien puisse se consacrer
à un même dossier du début à la fin sans interruption,
afin d'éviter que sur sa lancée, il ne devienne trop peu
critique en ce qui concerne la concordance des points caractéristiques
: la répétition d'une perception n'est pas connaissance
mais reconnaissance, et la tendance est toujours de confirmer ce qui est
déjà connu. L'extraordinaire capacité du cerveau
à établir des rapprochements conduit à donner inconsciemment
plus de valeur que de raison aux informations d'origine et à orienter
la perception.
On constate souvent qu'une empreinte jugée "difficile"
un jour donné peut devenir "facile" le lendemain. L'impression
de difficulté du premier jour est la plupart du temps attribuée
à la fatigue. Il faut cependant reconnaître qu'il existe
un risque très réel que l'impression de facilité
ressentie le lendemain soit due à la raison suivante : l'opérateur
commence avec en tête une idée sur l'identité de l'auteur,
et a tendance à considérer les concordances découvertes
la veille comme des données irréfutables. Cette tendance
est l'effet du "stockage" dans la mémoire. Aussi convient-il
de s'entourer des plus grandes précautions lorsque l'on est amené
à réexaminer une empreinte.
Il est essentiel à la qualité du processus que celui-ci
puisse se dérouler dans de bonnes conditions, et notamment que
le dactylotechnicien puisse disposer d'un environnement de travail calme,
d'un bon éclairage et d'un bon matériel de comparaison (lampes
présentant les meilleures qualités optiques, marqueurs,
matériel d'agrandissement, et/ou possibilités de superposer
les images sur l'écran d'ordinateur).
- Les différentes étapes du processus d'identification
Pour être méthodique, le processus d'identification doit être
divisé en plusieurs étapes suivant l'enchaînement cohérent
des différentes opérations, de façon à permettre
que le recueil d'informations s'effectue sans idées préconçues,
que la validation soit honnête et la prise de décision bien fondée.
On peut ainsi distinguer les étapes suivantes : information, comparaison,
évaluation, décision, vérification et conclusion finale.
- Information (ou analyse)
Au cours de cette étape, l'opérateur étudie la trace
latente sans rien connaître de l'empreinte de référence.
Les informations sont ainsi extraites, évaluées et validées
de la manière la plus objective possible. Tout ce qui peut présenter
un intérêt doit être dégagé lors de cette
étape, afin qu'il soit ultérieurement possible de le rapprocher
de l'empreinte de référence. Les déformations, les traces
superposées et tous les éléments utiles doivent être
notés à ce stade du processus. Ils constitueront la base d'une
comparaison honnête, et permettront de confirmer les concordances et
d'expliquer les différences. Si, au cours de cette étape, une
trace est jugée inexploitable à des fins d'identification, on
ne devrait qu'exceptionnellement passer outre cette décision. Si le
cas se produit cependant, le fait doit être signalé, discuté
de manière approfondie et dûment justifié.
- Comparaison
La trace latente d'origine, ainsi que la qualité et les quantités
des données recueillies lors de l'étape précédente,
constituent la base de départ de cette étape. Le but est d'établir
les faits de façon objective. Il importe d'être conscient du
risque de décision prématurée qui existe à ce
stade. La comparaison doit être une démarche sans a priori au
cours de laquelle on progresse étape par étape, en veillant
à ce que les données tirées de la trace latente et celles
tirées de l'empreinte de référence coïncident sans
qu'aucune différence ne puisse être logiquement expliquée
(et justifiée). La décision ne doit être prise qu'en fin
de processus.
Pour chaque élément doivent être recherchées les
similarités d'emplacement et de relations avec les éléments
situés aux emplacements correspondants de l'empreinte de référence.
Les différences doivent être repérées, vérifiées
et notées. Toute explication des différences observées
devrait autant que possible être reliée aux observations faites
lors de l'étape d'information. Tous les éléments sont
liés. Les parties déformées ou endommagées présentant
des différences par rapport à l'empreinte de référence
peuvent ne pas être prises en compte si elles sont logiques et explicables.
- Evaluation (bilan)
A ce stade, toutes les données sont connues. Il ne s'agit donc plus
que de les évaluer et de les valider. Pour chaque élément,
les similitudes, la valeur et la netteté sont prises en compte et validées.
Les différences sont étudiées et évaluées
pour déterminer si les deux empreintes peuvent provenir du même
auteur. L'explication des différences est vérifiée.
Lorsqu'un point caractéristique d'emplacement et de direction visibles
dans la trace latente ne se retrouve pas dans l'empreinte de référence
(ou vice versa), toute identification formelle est en principe exclue.
- Conclusion
Si le nombre de concordances est égal ou supérieur à
la norme en vigueur dans le pays, l'identification est possible mais non systématique
: le dactylotechnicien doit juger par lui-même s'il est totalement satisfait
et si la conclusion quant à l'identité de l'auteur de l'empreinte
est certaine, tous les risques étant exclus. S'il juge l'identification
satisfaisante, le dossier doit être transmis au vérificateur.
S'il ne la juge pas satisfaisante ou acceptable, ou s'il subsiste un doute,
il doit laisser au vérificateur le soin de rendre une conclusion et
se ranger à son opinion.
- Vérification
Le vérificateur doit recevoir un dossier "neutre" : tout
commentaire ou indication, même le plus anodin, sur la nature de l'affaire
ou sa conclusion, doit être évité. Le vérificateur
a une tâche bien définie à remplir et sait ce qu'il a
à faire. Il doit se forger une opinion librement et en toute impartialité.
Au cours de cette étape, la discussion et la consultation ne sont pas
souhaitables car elles risquent d'avoir une incidence sur le repérage
des éléments, la validation des observations et la formation
de l'opinion. La discussion et la consultation ne doivent avoir lieu qu'après
que le vérificateur se soit forgé son opinion. Le sujet de la
discussion n'est pas la conclusion, et pour avoir raison, il faut s'en tenir
aux faits, à leur validation et à l'application des règles.
L'objet de cette étape de vérification est l'examen minutieux
et non la confirmation. Les erreurs d'identification sont presque toujours
dues à l'absence de réelle vérification parce qu'il faut
faire vite, parce qu'il y a excès de confiance, exigence de résultat,
ou parce que l'on a fait état d'un résultat positif de façon
prématurée.
- Procédure à adopter en cas d'opinions divergentes
Il est de la plus haute importance qu'au cours de la vérification,
il soit possible de faire entendre des opinions différentes. Si cette
possibilité n'existe pas, une pression est exercée sur la décision
car cela sous-entend qu'une telle éventualité ne peut pas se
produire. C'est pourquoi il faut non seulement qu'une procédure existe
pour de tels cas, mais encore qu'elle soit considérée comme
normale et qu'elle soit codifiée. Cette procédure consiste à
faire examiner les empreintes posant problème par d'autres dactylotechniciens
n'ayant pas travaillé sur l'affaire, qui peuvent dès lors se
prononcer en toute indépendance.
- Les différentes conclusions possibles
Le processus de comparaison peut aboutir à l'une des conclusions suivantes :
- l'empreinte examinée est identifiée comme appartenant au
même auteur que l'empreinte de référence ;
- l'empreinte examinée ne fournit pas suffisamment d'informations
pour qu'il soit possible de se prononcer sur son auteur ;
- l'empreinte examinée est inexploitable à des fins d'identification,
mais présente des caractères distinctifs qui peuvent permettre
d'exclure avec certitude que certaines personnes en soient les auteurs ;
- si une empreinte fournit trop peu d'informations mais présente
certaines concordances avec l'empreinte de référence, et si
le dactylotechnicien doit néanmoins absolument se prononcer, il peut
répondre : "Il n'est pas à exclure que la personne
faisant l'objet de l'enquête soit l'auteur de la trace latente examinée"
(sans rien préciser d'autre) ;
- l'empreinte de référence est de trop mauvaise qualité ;
le processus est alors arrêté et peut être répété
avec une autre empreinte de référence.
- L'identification par les empreintes digitales repose sur les deux axiomes
suivants :
- Les empreintes digitales sont uniques.
- Les empreintes digitales ne se modifient pas au cours de la vie.
- Le postulat de départ est que le caractère unique des empreintes
digitales s'exprime dans les crêtes papillaires, celles-ci présentant
des caractéristiques qui subsistent même dans des conditions
défavorables. Leur emplacement, leur direction et leurs relations restent
les mêmes qu'elles soient relevées par pression du doigt, en
tirant sur la peau et même dans une large mesure s'il y a déformation.
- La recherche scientifique et une longue pratique ont montré qu'une
fois formés au cours de la vie intra-utérine du bébé,
le dessin digital et les détails papillaires ne se modifient plus et
subsistent même encore longtemps après la mort. Il a également
été démontré que les principaux aspects des détails
papillaires ne se modifient pas avec la croissance. Ces détails font
partie intégrante du derme et se reconstituent à l'identique
lorsque l'épiderme a été endommagé (brûlures,
ampoules, abrasion et même cals). Ce n'est que lorsque le derme est
endommagé par un facteur externe (par exemple par une blessure profonde)
que la peau fabrique des tissus cicatriciels modifiant les détails
papillaires. Après quelque temps, cette particularité devient
permanente et peut rendre une surface de peau encore plus caractéristique.
- L'identification de l'auteur d'une empreinte peut être définie
comme "la conclusion d'un dactylotechnicien selon laquelle l'empreinte
examinée et l'empreinte de référence présentent
suffisamment de points de concordance et aucune différence importante
pour qu'il soit possible d'affirmer que l'auteur est le même, à
l'exclusion de tout autre, cette conclusion ayant été vérifiée
et confirmée par un autre dactylotechnicien indépendant".
- Pour identifier l'auteur d'une empreinte, il faut qu'il existe suffisamment
de concordances entre l'empreinte examinée et l'empreinte de référence.
Si l'une présente certaines caractéristiques absentes chez l'autre
sans que l'on puisse fournir d'explication rationnelle de ce fait, le dactylotechnicien
ne doit pas se prononcer sur l'identité de l'auteur.
- Les caractéristiques d'une empreinte sont ses points caractéristiques
et les autres structures des crêtes papillaires. Le point caractéristique
est un "événement" qui s'inscrit dans la direction
du tracé des crêtes papillaires. L'événement
est un changement naturel/biologique qui vient interrompre le parallélisme
normal des crêtes papillaires (par exemple, point de départ ou
d'arrêt d'une crête).
- La valeur d'un événement est fonction de sa fréquence,
compte tenu de sa direction, de ses relations avec les autres points et de
sa position dans le dessin digital. La qualité d'un événement
se mesure à sa netteté et à la présence de
détails papillaires. Deux éléments ou plus qui
se chevauchent comptent pour un seul point/événement (exemple
: deux ou trois crêtes arrivant de directions différentes qui
se rejoignent au point deltaïque).
- Les autres structures des crêtes papillaires sont liées
à la forme, à la position et à l'orientation des pores
ainsi qu'à la forme et à la configuration des crêtes (étudiées
par la crétologie).
- Dans deux empreintes comparées, un point de concordance est
un élément dont l'emplacement et l'aspect présentent
une similitude que le dactylotechnicien juge suffisante compte tenu des tolérances
en vigueur.
- Les "faux semblables" sont des empreintes digitales d'auteurs
différents dont le degré de similitude est tel qu'il existe
un risque d'identification erroné.
- La règle est que la qualité des différences (qui peuvent
par exemple s'expliquer par des déformations) ne doit pas être
supérieure à celle des similitudes.
Lorsqu'une différence est justifiée par le fait que les informations
sont de trop mauvaise qualité et donc non valables, des informations
similaires du même niveau de qualité doivent également
être considérées comme non valables.
Dans certains cas, la comparaison entre deux empreintes révèle
des points caractéristiques dont l'aspect et même l'emplacement
diffèrent. Si ces différences peuvent être attribuées
à une déformation explicable, elles n'interdisent pas l'identification.
L'empreinte peut alors être reconstituée virtuellement (de façon
à corriger la déformation), pour permettre d'établir
s'il ne subsiste pas de différences importantes (telles qu'un nombre
différent de crêtes ou d'événements). Après
ce processus, les points caractéristiques "corrigés"
ne doivent cependant pas être considérés comme valables
: les données étant apparues différentes au départ
et une "reconstruction" ayant eu lieu sur la base d'hypothèses,
ce serait en effet scientifiquement inexact. Ce raisonnement peut être
résumé par la règle suivante : "les différences
expliquées ne sont pas pour autant des similitudes".
Si une certaine zone d'empreinte doit être exclue en raison d'une déformation,
il ne faut plus tenir compte d'aucune différence ou similitudes dans
la même zone.
- Les tolérances
Une certaine différence d'aspect entre deux empreintes (ou certains
détails de ces empreintes), pouvant être attribuée à
la manière dont elles ont été apposées, peut être
acceptée. Les tolérances doivent être appliquées
de façon cohérente et honnête. Les dactylotechniciens
doivent être conscients de ce paradoxe selon lequel on peut être
enclin à accepter davantage de différences lorsque les empreintes
sont de mauvaise qualité, sous prétexte de déformation,
que lorsqu'elles sont de bonne qualité. La déformation perturbe
non seulement la perception des similitudes, mais également celle des
différences. Le problème est qu'une identification prématurée
de l'auteur amène à "transposer" des données
de l'empreinte de référence dans le flou de la trace latente.
Le raisonnement suivi devient alors celui-ci : "L'empreinte provient
de Untel - Les empreintes sont uniques - Donc, toutes les données doivent
être identiques et par conséquent, les différences sont
toutes imaginaires". Dans certains cas d'identification erronée,
il s'est avéré que les dactylotechniciens avaient négligé
les différences. Les évaluations de ces comparaisons contiennent
souvent de nombreuses excuses visant à démontrer que l'empreinte
n'était pas comme elle aurait dû être, ainsi que la compétence
et l'expérience du dactylotechnicien. En cette matière, la règle
doit donc être que "les tolérances ne doivent pas varier
en fonction de la qualité des empreintes".
- L'emplacement et la direction de points caractéristiques tenant à
un type de dessin digital doivent être considérés comme
de peu de valeur, l'événement étant dans ce cas plus
dépendant des événements qui l'entourent qu'aléatoire.
Ceci peut être observé dans de nombreux dessins digitaux courants.
Ainsi, au centre d'un dessin digital en spirale, toutes les crêtes vont
dans la même direction (par exemple dans le sens des aiguilles d'une
montre), et puisqu'il n'y a plus de place pour qu'elles se poursuivent au
centre, le type d'événement (terminaison de crête), sa
direction (fin aux alentours du centre de figure) et son emplacement (centre
du dessin digital) tiennent bien peu du hasard. Au contraire, la direction
et l'emplacement d'une terminaison de crête observée dans une
zone sans dessin très précis sera considérée comme
ayant une valeur supérieure.
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Deuxième partie du mandat du Groupe d'experts
européens d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales :
"la détermination d'un nombre fixe de points caractéristiques
et d'autres éléments distinctifs"
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- Depuis les débuts de la dactyloscopie, il est reconnu que, bien
que les empreintes digitales soient uniques dans leurs détails,
en pratique, il faut tenir compte du fait que les informations ne sont
pas toujours d'une qualité idéale et qu'il faut donc accorder
des tolérances. Il peut donc se produire, jusqu'à un certain
niveau de précision, que l'on conclue de façon erronée
à l'identité entre deux empreintes à cause de déformations
et de certains hasards.
- Afin d'éviter les erreurs entre "faux semblables", il
est sage de ne conclure à l'identité entre deux empreintes que
lorsque l'on dispose de suffisamment d'informations. Les normes portant sur
un nombre minimum de points de concordance utilisées depuis les débuts
de la dactyloscopie comportent des marges de sécurité afin de
compenser variations et imprévus, et afin de garantir la solidité
du diagnostic d'identification.
- L'identification ne consiste pas seulement à compter des points.
Elle repose sur la compétence d'un spécialiste, seul capable
de réunir un certain "volume" d'informations, prédéfini
ou non, qui comporte trois aspects : quantité, qualité et similitude.
Ces trois aspects peuvent interagir et se compenser mutuellement. La quantité
minimum requise peut même varier indépendamment de la qualité.
- Aux Etats-Unis, après trois ans d'étude du Comité
de normalisation, l'utilisation du "standard numérique" a
été désavouée par l'adoption, lors d'une conférence
de l'International Association for Identification, d'une résolution
affirmant : "Exiger un nombre prédéterminé de points
de concordance entre les crêtes papillaires de deux empreintes pour
conclure à une identification formelle n'a aucun fondement scientifique".
La réponse à la question de savoir si, dans un cas particulier,
les informations disponibles sont suffisantes pour pouvoir conclure à
une identification formelle a été laissée à
l'appréciation du spécialiste, dont le jugement se fonde
sur une analyse quantitative et qualitative de l'ensemble.
- Depuis quelque temps, il existe en Europe (au Royaume-Uni et en Norvège)
une tendance favorable à cette idée de la prééminence
de l'opinion du spécialiste. En Angleterre, au Pays de Galles et
en Irlande du Nord, cette démarche/ce système sera mis en
oeuvre à partir d'avril 2000. L'Ecosse tentera quant à elle
de le mettre en uvre aux alentours de la même date. Il est
à noter que ce système fonctionne déjà en
Norvège.
- Rappelons à cet égard que deux systèmes coexistent
actuellement en Europe : l'un qui donne la prééminence à
l'opinion du spécialiste, et l'autre qui se fonde sur la présence
d'un nombre minimum de points de concordance (norme numérique).
Ces deux systèmes sont analysés dans les deux parties qui
suivent.
- Il est admis par tous que les éléments de preuve dactyloscopiques
doivent être absolument certains, et que les éléments
de preuve "approximatifs", se fondant sur des empreintes desquelles
on n'a pu tirer que peu d'informations, n'ont pas leur place.
Il est également admis que les "faux semblables" existent,
et qu'il y a un risque réel de conclusion erronée lorsque l'on
se fonde sur trop peu d'informations.
Dans les deux systèmes susmentionnés, l'examen et le diagnostic
se fondent sur les caractéristiques des crêtes papillaires
et leurs correspondances.
La différence entre ces deux systèmes réside dans
la philosophie de la démarche, et non dans la confiance qu'on leur
accorde.
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L'approche "holistique" (système
donnant la prééminence à l'opinion du spécialiste)
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- Lorsqu'ils examinent des empreintes digitales, les dactylotechniciens ont
actuellement tendance à expliquer et démontrer en se fondant
uniquement sur le nombre, et parfois sur le type, des points caractéristiques.
Si l'on adopte l'approche "holistique", on mentionnera ou l'on pourra
mentionner d'autres aspects dont certains paraissent évidents. La science
des empreintes digitales se fonde sur le caractère immuable et unique
de celles-ci. Si cela est vrai pour la direction du tracé des crêtes
et les points caractéristiques, cela doit également valoir pour
les autres aspects de la structure des crêtes. La manière dont
ces informations sont utilisées tout au long du processus d'identification
est expliquée ci-après.
- Premier niveau
- Aspect général du dessin digital.
- Cette donnée n'est cependant pas suffisante pour individualiser une empreinte.
L'aspect général du dessin digital est probablement la première
donnée dont le dactylotechnicien va se servir. Elle est cependant
très rarement mentionnée parmi les motifs d'une identification
(par exemple, il ne viendrait pas à l'idée de comparer un
dessin en arc et un dessin en volute...). C'est seulement la première
étape du processus d'identification.
- Deuxième niveau
- Direction des crêtes.
- Direction des tracés accidentels (par exemple cicatrices). Intercrêtes
et plis de flexion.
- Emplacement et type des points caractéristiques.
Les identifications s'effectuent actuellement d'après le nombre et
la disposition des points caractéristiques des crêtes papillaires
(en tenant compte notamment de ce que l'on observe entre ces points). On utilise
aussi parfois les points caractéristiques des intercrêtes. Le
seul fait que des intercrêtes soient visibles dans deux empreintes est
un élément qui peut être exploité lors du processus
d'identification. En ce qui concerne les cicatrices et les plis de flexion,
certains dactylotechniciens diront qu'ils n'en tiennent jamais compte, mais
la plupart reconnaîtront que ces éléments sont utilisés
lors de la recherche et au cours des premières étapes du processus
d'identification. Tous ces éléments font partie du processus
d'identification. Tous les dactylotechniciens utilisent le nombre de points
caractéristiques et leurs concordances pour expliquer et justifier
une identification. Cependant, il n'est pas fait mention du fait que certaines
crêtes ne présentent pas de points caractéristiques. Ceci
est une autre particularité possible du dessin digital. (Il convient
également de préciser qu'aux Etats-Unis, les dactylotechniciens
utilisent le point).
- Troisième niveau
- Ce troisième niveau d'examen porte sur les petits détails
des crêtes papillaires (crétoscopie).
- Il prend en compte l'épaisseur des crêtes et la disposition
des pores les uns par rapport aux autres (poroscopie).
- Il s'effectue toujours sur les bases définies lors de l'examen
de deuxième niveau.
Ce troisième niveau recouvre les aspects complémentaires
que l'on demande aux dactylotechniciens de considérer. Comme on
l'a mentionné ci-dessus, ce niveau d'examen doit prendre pour base
les données recueillies lors de l'examen de deuxième niveau.
Il étaie le diagnostic d'identification ou de non-identification.
- Pour pouvoir décider, dans un cas donné, que les informations
dont il dispose sont suffisantes, le dactylotechnicien doit évaluer
la netteté de l'empreinte examinée, ainsi que la qualité
et la quantité des concordances. C'est seulement après qu'il
peut se forger une opinion sur la question de savoir si l'empreinte examinée
et l'empreinte de référence proviennent de la même personne,
avec suffisamment de certitude pour pouvoir exclure toute autre possibilité.
Cette opinion finale est donc subjective et fonction de l'expérience,
des connaissances et des compétences du dactylotechnicien.
- Le processus d'identification est un processus visuel au cours duquel sont
employées des méthodes scientifiques et des techniques de résolution
de problèmes. Il requiert une très grande expérience
de la part du dactylotechnicien. Il n'est possible de juger que la quantité
d'informations dont on dispose est suffisante pour procéder à
une identification que lorsque l'empreinte a été analysée
par un seul dactylotechnicien. En plus du nombre de caractéristiques,
les dactylotechniciens expérimentés prennent en compte la qualité
et la netteté générales de l'empreinte examinée,
le caractère plus ou moins commun du dessin digital (direction des
crêtes) et des points caractéristiques. La manière dont
un avis d'expert est reçu est aussi fonction de la capacité
de celui-ci à le présenter et à le défendre face
à d'autres experts ou devant un tribunal.
- Sur le plan biologique, quelque chose est unique ou ne l'est pas. La différence
ou l'unicité biologiques sont des réalités naturelles
constantes, qui sont ou ne sont pas, mais ne peuvent jamais être partielles.
Ainsi, toute partie petite ou grande d'empreinte digitale n'a qu'une origine,
qui est l'empreinte dont elle provient.
[Se reporter sur cette question aux recherches de David Ashbough de la
Gendarmerie royale du Canada.]
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L'approche "empirique" (système fondé
sur une norme numérique)
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- Les pays qui recommandent l'utilisation d'une norme numérique affirment
qu'elle est le fondement de la solidité et de la certitude de la conclusion
d'identification. C'est par leurs caractéristiques mesurables et attribuables
à un seul individu que les empreintes digitales se distinguent des
autres éléments de preuve biologiques. La norme numérique
implique un processus de validation et de décision pas à pas
donnant les meilleures chances de vérification et de conclusion exacte.
Le choix d'un tel système doit être fait en toute connaissance
de cause et adopté après l'évaluation de toutes les composantes
du processus, en connaissant les propriétés des empreintes digitales,
en sachant d'où proviennent les erreurs et en acceptant les conséquences
de la nécessité d'éléments de preuve ne laissant
aucune place au doute.
- Nécessité d'éléments de preuve ne laissant aucune
place au doute.
Le postulat de départ est que les empreintes digitales permettent de
rendre une conclusion certaine sur l'identité de leur auteur. Certains
contestent cette idée pour la simple raison (théorique) que
la certitude absolue n'existe pas en ce monde, ou au motif qu'à l'instar
de tous les autres éléments de preuve, les empreintes digitales
autorisent seulement un certain degré de certitude devant être
validé par l'esprit humain et/ou des calculs statistiques. Les spécialistes
des empreintes digitales persistent cependant à dire qu'à la
différence de tous les autres types d'éléments de preuve,
celles-ci autorisent les conclusions certaines de par leurs propriétés
spécifiques. La meilleure preuve en est que l'identification à
partir d'empreintes décadactylaires a été pratiquée
et testée bien au-delà de toutes les exigences scientifiques,
et que rien n'a jamais démontré que cette méthode soit
mauvaise. Le fait de montrer les points de concordance une fois l'identification
effectuée suffit à convaincre l'observateur le plus sceptique.
C'est comme prouver qu'une voiture est de la même marque et du même
type qu'une autre lorsque toutes les caractéristiques des deux voitures
concordent : on établit alors un fait que personne ne conteste.
Il est essentiel de continuer à exiger que les éléments
de preuve dactyloscopiques ne laissent aucune place au doute, et ce d'autant
plus que l'on peut s'attendre dans l'avenir à ce que les éléments
de preuve de ce type soient de plus en plus contestés et minutieusement
analysés.
- Comment obtenir des éléments de preuve ne laissant aucune
place au doute.
Les statistiques ne sont pas la bonne méthode pour conclure à
une absolue certitude car le 100 % n'est jamais obtenu. Il en va de même
pour les jugements humains, qui se fondent sur des convictions personnelles
et de ce fait, ne sont jamais plus que des opinions.
Avec un système empirique, le spécialiste ne peut présenter
ses conclusions comme certaines qu'à partir du moment où elles
dépassent le niveau de la simple opinion personnelle. Le moyen d'y
parvenir est de se référer aux connaissances et à l'expérience
de la profession, ce qui est la définition même de l'empirisme.
Ainsi, lorsqu'un dactylotechnicien identifie l'auteur d'une empreinte digitale,
il affirme que sa conclusion est exacte parce qu'il n'a jamais été
prouvé que la méthode utilisée pour y parvenir était
mauvaise. Evidemment, la norme elle-même doit être sûre.
En pratique, cela signifie qu'il faut envisager l'imprévu et prévoir
une marge de sécurité. C'est de cette manière que l'on
peut répondre à la nécessité d'éléments
de preuve certains, et savoir et démontrer, non de façon générale
mais dans chaque cas particulier, que le taux d'erreur est de zéro.
- Disposer de suffisamment d'informations.
En matière d'identification par les empreintes digitales, le problème
de base est en fait de savoir si l'on dispose ou non de suffisamment d'informations
: c'est seulement dans l'affirmative qu'il est possible de tirer une conclusion
formelle quant à l'identité de l'auteur d'une empreinte. La
norme définit donc très précisément la notion
de "suffisant" et se centre sur les éléments qui,
dans les empreintes digitales, conservent leurs propriétés y
compris dans des conditions défavorables : la nature, la direction
et les variations des points caractéristiques, ainsi que leurs relations
entre eux. Cela ne signifie pas que l'on doive négliger ou ne pas étudier
les autres aspects des crêtes, qui peuvent aider à l'évaluation
et à la détermination des similitudes en permettant de mieux
juger la valeur de certains points, voire même d'identifier une empreinte.
Tous les dactylotechniciens ont entendu parler de l'étude des pores
et des détails papillaires (troisième niveau), et connaissent
l'opinion de Locard à ce sujet...
Cependant, 99 % des identifications se font sans recours à la crétologie,
y compris lorsqu'une norme numérique est appliquée. En effet,
lorsque l'on dispose d'empreintes décadactylaires et d'empreintes
de doigts entières, étudier les détails papillaires
est intéressant mais inutile. En revanche lorsque l'on ne dispose
que de traces latentes de mauvaise qualité et que l'on se trouve
à la limite de la norme, l'étude des détails papillaires
est utile à la comparaison.
S'agissant d'une norme numérique fondée sur un nombre donné
de points caractéristiques concordants, si le nombre de points caractéristiques
n'est pas atteint, les détails papillaires ne doivent pas servir
de base à des conclusions formelles car aucune norme valable ne peut
leur être appliquée.
Il est généralement admis que 12 points de concordance sont
un nombre raisonnable pour pouvoir conclure à une identification
formelle. Dans certains cas, on peut accepter un nombre plus faible de points
de concordance, par exemple si la qualité compense la quantité.
Il convient cependant de souligner que l'utilisation d'une norme requiert
l'existence de définitions, de règles et de lignes directrices
précises.
- Légalité et force probante.
L'identification par un dactylotechnicien se conformant à une norme
peut être mise en parallèle avec la façon dont les tribunaux
de nombreux pays évaluent les éléments de preuve en général.
Pour pouvoir être considérés comme fiables, les éléments
de preuve doivent être légaux et convaincants : non seulement
le processus doit respecter les règles fixées, et en particulier,
parmi ces règles, la norme définie, mais de surcroît,
le dactylotechnicien doit être certain de la validité de sa conclusion.
Or, il peut arriver qu'un dactylotechnicien pense connaître l'auteur
d'une empreinte, voire même en être certain, mais qu'il n'ait
pas trouvé le nombre de points concordants exigé. Ce type de
situations est inévitable lorsque la norme numérique définie
est stricte et intègre qui plus est une marge de sécurité.
La conclusion peut convaincre certains, mais n'est pas légale (en ce
sens que la norme n'est pas respectée) et ne peut pas être présentée.
Changer d'optique à ce stade en donnant la prééminence
à l'intime conviction aboutit à une conclusion de nature différente.
Ce changement doit être signalé si la conclusion est présentée.
Sachant que l'intime conviction de l'expert est la source de la plupart des
erreurs d'identification des traces latentes, le mieux est d'appliquer une
norme résultant de l'expérience.
Les "présomptions" sur des empreintes ne présentant
pas le nombre de similitudes exigé par la norme peuvent être
sources de problèmes et donner prise à l'argument selon lequel
les normes sont arbitraires et ne devraient pas être utilisées.
Il est évident que dans le domaine de la dactyloscopie comme pour
tous les processus qu'il s'agit de normaliser, les normes ont quelque chose
d'arbitraire. La norme autorise certaines variations en quantité
et en qualité, mais ne peut pas s'adapter à tous les cas particuliers.
Il en va ainsi pour toutes les normes prédéfinies. La fonction
première d'une norme est de garantir une certaine sécurité,
et non de s'adapter à tous les cas pour satisfaire quelques-uns.
Fonder une conclusion sur la concordance de détails papillaires
est seulement une possibilité parmi d'autres. Dans le cadre du système
empirique fondée sur une norme numérique, les détails
papillaires sont considérés comme des éléments
de preuve d'un type différent : en pratique, il est rare que les
structures comparées avec un très fort grossissement concordent
exactement. Ce processus de comparaison peut conduire à l'idée
selon laquelle tout ce qui correspond est accepté et tout ce qui
ne correspond pas non pris en compte. Un tel état d'esprit et la
non-conscience des différences est précisément ce que
combat le système fondé sur une norme, car il y a là
source d'erreurs.
En fait, lorsque les dactylotechniciens parlent de détails papillaires
concordants, ils veulent dire la plupart du temps non que leurs formes concordent
exactement, mais qu'il existe des similitudes quant à l'emplacement
de ces détails (position, variations et relations avec les autres
détails).
- Autres fonctions de la norme empirique
La norme et son application servent des buts beaucoup plus importants.
-
L'application d'une norme permet de garantir la fiabilité de
la méthode dans son ensemble. En outre, la possibilité
pour un dactylotechnicien d'arrêter le processus au motif qu'il
ne dispose pas de suffisamment d'informations est une pression en moins.
Lorsque le dactylotechnicien arrête l'examen pour une telle raison,
c'est qu'il ne peut pas rendre de conclusion fondée sur l'expérience
(nécessité de se référer à une longue
pratique) qu'il pense susceptible d'être confirmée par
des confrères (nécessité de la reproductibilité).
En revanche, si la norme définie n'est pas respectée par
lui-même ou par son environnement, le dactylotechnicien se voit
forcé de continuer. Cette pression peut conduire à donner
à une information une valeur supérieure à sa valeur
réelle, afin d'atteindre la norme. Elle peut provoquer un glissement
graduel et souvent non conscient de la perception qu'il a de son rôle.
Dans de tels cas, au lieu de répondre à la question "Cette
empreinte peut-elle être identifiée en utilisant la méthode
en vigueur, gage de sécurité ?", il peut commencer
à se demander s'il ne pense pas ou n'a pas l'impression que cette
empreinte provient ou ne provient pas d'Untel. Bien que la question
"est-ce lui ou non ?" puisse être brûlante et
que "oui" ou "non" semble être la réponse
logique dans la situation considérée, tout cela n'en reste
pas moins une grossière simplification. Le danger est que ce
sentiment au sujet de l'empreinte prenne le pas sur tout le reste et
que le dactylotechnicien devienne dès lors plus vulnérable
à tous les types d'influences déjà évoqués.
En particulier, dans les affaires "en vue", la norme risque
d'être contestée lorsque l'expert dit "non".
Modifier la norme ne résout pas davantage le problème
car une prochaine affaire litigieuse pourra se présenter, juste
à la limite de la nouvelle "frontière" définie.
Et carrément supprimer la norme pour résoudre le problème
serait mettre de côté le meilleur outil du système
justement là où il est le plus nécessaire pour
pouvoir donner des conclusions sûres et fiables. Par ailleurs,
sans norme, l'évolution naturelle à long terme serait
que de plus en plus de conclusions seraient fondées sur de moins
en moins d'informations.
Certains, notamment des magistrats du parquet et des scientifiques,
avancent qu'en adoptant un système fondé sur une norme,
on prive les tribunaux d'éléments d'information utiles.
C'est oublier que la norme est la clé de voûte du système
empirique et ne pas voir tout le mal que peuvent causer les pressions.
Il faut avoir été dans la position d'un expert en dactyloscopie
pour savoir quels effets peuvent avoir les pressions et combien il est
important de pouvoir y résister. La norme a été
conçue dans l'intérêt de la société
par des spécialistes responsables ayant une vue d'ensemble des
problèmes.
La critique concrète selon laquelle des éléments
d'information utiles ne seraient pas portés à la connaissance
des tribunaux est au minimum contestable. Si un dactylotechnicien a
établi, de la meilleure façon possible et avec la meilleure
fiabilité possible, qu'une empreinte digitale ne contient pas
suffisamment d'informations pour que l'on puisse en tirer des conclusions
solides, le verdict doit être "qualité insuffisante".
Ce type de conclusion est autorisé dans presque toutes les disciplines
de police scientifique. Il peut arriver que l'on demande au dactylotechnicien
de donner malgré tout son opinion sur la similitude de deux empreintes.
Ne disposant d'aucun outil (par exemple statistique) pour le faire,
il ne peut donner que son "sentiment". Une réponse
honnête serait dans de tels cas : "Il y a x % de chances
que cette empreinte provienne d'Untel, mais y % de chances d'avoir tort
à 100 %". Dans une situation où un expert déclare
qu'il ne peut pas donner une conclusion certaine et ne sait pas combien
de chances il a de se tromper, il est difficile de déterminer
dans quelle mesure les éléments de preuve qu'il présente
peuvent aider un tribunal à prendre une décision.
Un système dans lequel les experts présentent des éléments
de preuve certains le plus souvent et probables de temps en temps n'est
utile pour personne. Il risque non seulement de porter atteinte à
la crédibilité des éléments de preuve dactyloscopiques,
mais encore d'obliger l'expert à endosser deux rôles qui
devraient être parfaitement séparés pour éviter
la confusion et les erreurs en fin de parcours.
Cette critique doit donc être rejetée car loin d'améliorer
le système, elle risque de le faire échouer. Et loin d'aider
les experts, elle ajoute une pression et leur complique la tâche.
- L'application d'une norme permet de centrer la discussion sur des faits
vérifiables et de structurer la prise de décision, qui peut
ainsi progresser pas à pas. Déterminer un nombre de points
caractéristiques nécessaires pour pouvoir conclure à
une identification formelle permet de définir des lignes directrices,
des principes et des règles sur ce qu'il faut ou ne faut pas faire,
qui servent en quelque sorte de "grammaire" du processus d'identification.
La norme permet de consigner de façon détaillée la
façon dont on procède. Elle permet en outre que le processus
d'identification devienne contrôlable et transparent et qu'un débat
fructueux puisse avoir lieu dans les cas difficiles.
- Décrire de façon détaillée comment on procède
permet de vérifier si tout est fait comme il se doit. Sans cette
possibilité, seule la conclusion peut être vérifiée,
ce qui aboutit à un débat d'opinions au lieu d'ouvrir une
discussion sur le processus et les faits. Sans cette possibilité,
toutes sortes d'influences psychologiques et sociales qui éloignent
des faits et sont facteurs de risques se font jour. L'application d'une
norme permet de détecter facilement les identifications erronées
et d'en démontrer les raisons.
- L'existence d'une méthode normalisée permet de répéter
le processus à l'identique. Elle permet à deux personnes
différentes de rendre une conclusion identique sur le même
cas. La cohérence et la reproductibilité sont deux exigences
scientifiques de base pour les processus dont l'ambition est d'aboutir
à des résultats fiables.
- L'existence d'une norme permet aux méthodes de durer. La norme
elle-même est en outre constamment testée et peut être
adaptée lorsque la sécurité est en jeu.
- Pouvoir se référer à une norme commune stricte,
éprouvée et fiable est le meilleur moyen de répondre
aux contestations devant un tribunal. Lorsqu'une conclusion est présentée
comme étant "juste une opinion", le taux d'erreur est
impossible à évaluer.
- L'existence d'une norme permet de rejeter certaines traces comme inexploitables.
Ceci est important pour le processus de comparaison, a fortiori lorsqu'il
s'agit d'enquêter sur une scène de crime.
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Conclusion du Groupe sur les deux systèmes
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Le Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification par les
empreintes digitales considère que quelle que soit l'approche adoptée,
si les services de dactyloscopie européens opèrent comme il est
indiqué et suivent les recommandations relatives au contrôle des
processus, à la formation et à l'évaluation des compétences,
les résultats obtenus et les éléments de preuve présentés
ne pourront être qu'exacts et certains.
Annexe n°1
Lettre adressee au comite europeen d'interpol par le groupe d'experts europeens
d'interpol sur l'identification par les empreintes digitales.
Le Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification par les
empreintes digitales est extrêmement préoccupé par l'utilisation
croissante des systèmes de scannérisation directe dans le domaine
de la dactyloscopie. La scannérisation directe est utilisée pour
la prise des empreintes digitales et leur transmission rapide aux systèmes
AFIS. Bien qu'il comprenne la nécessité d'opérations rapides,
le groupe estime que les systèmes de scannérisation directe actuels
produisent des images d'une qualité insuffisante pour permettre aux dactylotechniciens
d'examiner les empreintes dans tous leurs détails. En effet, avec ces
systèmes, les images :
- sont compressées et de ce fait, il y a perte de données et
génération d'anomalies ;
- sont un ensemble de données prises les unes à la suite des
autres avec des doigts qui peuvent ne pas être fixes et un scanner dont
le faisceau se déplace ; elles tendent en outre à présenter
des anomalies ;
- sont de qualité inférieure aux empreintes prises avec de
l'encre et du papier ;
- sont un coût supérieur (un système vaut 50 000 USD ou
plus) ;
- leur prise n'est pas plus rapide.
Les avantages reconnus à la scannérisation directe sont la
possibilité de prises/copies multiples d'une même empreinte
et la rapidité de transmission des images, mais le deuxième
avantage pourrait tout aussi bien être obtenu en faisant appel à
d'autres technologies modernes.
Les systèmes de scannérisation directe permettent d'éliminer
le support papier mais dans le même temps, éliminent des données
utiles. Or, ces données sont très importantes non seulement
pour l'identification, mais également pour les améliorations
qui pourraient être apportées dans l'avenir aux algorithmes
d'encodage des détails papillaires. Accepter ce défaut compromet
donc les possibilités de progrès de la dactyloscopie.
Pour toutes ces raisons, le Groupe d'experts européens d'Interpol sur
l'identification par les empreintes digitales recommande d'entreprendre des
recherches approfondies visant à concevoir un système produisant
une image "brute" (c'est-à-dire conforme à l'original,
sans manipulation par un logiciel). Ce système devrait être facile
d'utilisation et produire des images d'une qualité encore supérieure
à la qualité de celles obtenues avec de l'encre et du papier,
quelle que soit l'habileté de l'opérateur. Le fait de disposer
de meilleures images permettrait d'accroître notablement l'efficacité
(précision des recherches) des opérations sur les empreintes digitales.
Reproduisant avec la plus grande exactitude toutes les caractéristiques
de l'empreinte saisie (véritable réplique), l'image "brute"
donnerait plus de chances de fournir des éléments de preuve formels.
Au nom du Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification
par les empreintes digitales,
A. J. ZEELENBERG
Président du groupe
Annexe n°2
Code de conduite à l'usage des professionnels de la police scientifique
Règles déontologiques
[Nous tenons à remercier ici le Council for the Registration of Forensic
Practitioners (CRFP) du Royaume-Uni, dont le Code de conduite nous a inspirés
pour définir les règles ci-dessous. Ce code est le résultat
d'un important travail de consultation et de recherche du CRFP auprès
de nombreux professionnels de la police scientifique.]
- Sachant que vous travaillez avant tout pour les tribunaux et dans l'intérêt
d'une bonne administration de la justice, il est de votre devoir de présenter
vos éléments de preuve, oralement ou par écrit, de
manière équitable et impartiale.
- Agissez avec honnêteté, intégrité, objectivité
et impartialité, sans discrimination fondée sur la race,
les croyances, le sexe, la langue, les orientations sexuelles, la position
sociale, l'âge, le mode de vie ou les convictions politiques.
- Conformez-vous au Code de conduite de tout organisme professionnel
auquel vous appartenez.
- Restez dans les limites de vos compétences professionnelles
lorsque vous donnez votre avis d'expert et lorsque vous présentez
vos éléments de preuve, et n'en faites état que lorsqu'il
convient de le faire.
- Agissez comme il vous semble opportun lorsque vous avez de bonnes raisons
de croire qu'une situation donnée peut conduire à une erreur
judiciaire.
Dans tous les aspects de votre travail, qui consiste à donner votre avis d'expert
et à présenter des éléments de preuve, vous devez :
- Prendre toutes les dispositions raisonnables pour entretenir et développer
vos compétences professionnelles, en tenant compte des recherches et
des innovations techniques intervenues dans votre domaine, et en mettant en
uvre les techniques d'assurance qualité.
-
Signaler à votre employeur tout intérêt personnel
ou implication provoquant ou susceptible de provoquer un conflit d'intérêts
et dans ces cas, n'agir qu'avec son autorisation expresse donnée
par écrit.
-
Prendre toutes les mesures raisonnables pour obtenir tous les éléments
de preuve disponibles et utiles, et pour déterminer si l'un d'entre
eux a pu être altéré avant d'entrer en votre possession.
Faire en sorte d'en préserver l'intégrité et d'en assurer
la sécurité une fois qu'ils sont en votre possession.
- Accepter la responsabilité de tout travail effectué sous votre
autorité directe ou indirecte.
-
Exécuter tout travail conformément aux règles de
votre profession, en utilisant des méthodes dont la validité
est prouvée, ainsi que les équipements et matériels
appropriés.
-
Enregistrer de façon claire et précise les examens auxquels
vous procédez, les méthodes employées et les résultats
obtenus, et conserver ces rapports. Ils doivent être suffisamment
détaillés pour qu'un autre professionnel de votre domaine
puisse vérifier votre travail de façon indépendante.
- Indiquer clairement, de façon compréhensible et impartiale :
- la mission qui vous a été assignée,
- le matériel sur lequel vous avez fondé vos recherches
et vos conclusions ;
- fournissez une synthèse de votre travail et de celui de votre
équipe, de leurs résultats et de leurs conclusions ;
- signalez toute restriction ayant pesé sur votre enquête
ou sur vos conclusions, en particulier le fait que vous n'ayez pas pu
avoir accès aux pièces utiles ; précisez également
si vous pensez que des limites de temps, de moyens humains, matériels
ou financiers ont affecté la qualité de votre travail.
- Reconsidérer et le cas échéant, modifier, vos conclusions
ou opinions, ou donner d'autres avis, à la lumière d'informations
ou de faits nouveaux. Prendre l'initiative d'informer rapidement votre client
ou votre employeur de tels changements.
- Respecter la confidentialité, sauf :
- si votre employeur vous a autorisé à donner une information,
- si un tribunal vous a ordonné de donner une information,
- si la loi vous oblige à donner une information, ou
- si votre responsabilité vis-à-vis des tribunaux, dans
l'intérêt d'une bonne administration de la justice, exige
que vous donniez une information.
- Respecter le secret professionnel. C'est à votre employeur qu'appartient
la décision de le lever. Ce secret s'applique aux communications orales
et écrites entre les conseillers juridiques et leurs clients, ainsi
qu'à tous les conseillers et experts intervenant en relation avec cette
fonction de conseil juridique, ou bien en lien avec ou en prévision
de procédures judiciaires, et aux fins de ces procédures.
Annexe n°3
Projet de recommandation
Objet : Reconduction du Groupe d'experts européens d'Interpol sur
l'identification par les empreintes digitales
Organisation en 2001 par le Secrétariat général de l'O.I.P.C.-Interpol
d'une conférence internationale sur la dactyloscopie
La 29ème Conférence régionale européenne de l'O.I.P.C.-Interpol,
réunie à Reykjavik du 17 au 19 mai 2000,
VU le rapport intitulé "Recherche d'une méthode d'identification
par les empreintes digitales", élaboré par le Groupe d'experts
européens d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales,
et en particulier les paragraphes 2.1 et 13.4 de ce rapport,
RECONNAISSANT la nécessité de définir et de fixer
une terminologie commune en matière de dactyloscopie, à l'usage
de tous les services et de tous les professionnels des pays membres européens
d'Interpol travaillant dans ce domaine,
CONVAINCUE que les pays représentés dans le Groupe d'experts
européens d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales
ont des connaissances et une expérience suffisantes pour traiter la
question, et
TENANT COMPTE du fait que les membres du Groupe d'experts européens
d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales ont acquis l'assurance
nécessaire pour débattre en profondeur de sujets sensibles relatifs
à l'identification par les empreintes digitales,
RECOMMANDE :
- Que l'actuel Groupe d'experts européens d'Interpol sur l'identification
par les empreintes digitales soit rebaptisé "Groupe d'experts
européens II d'Interpol sur l'identification par les empreintes digitales"
(Groupe II), qu'il soit reconduit sous ce nom et qu'au cours de ses réunions,
l'interprétation soit assurée pour l'anglais et le français,
ses missions étant énoncées dans les termes suivants :
"Rechercher, définir et fixer une terminologie normalisée
relative au processus d'identification par les empreintes digitales et à
l'application générale de ce processus à la détection,
à la validation et à la comparaison des détails papillaires,
de façon à créer une base de communication et à
encourager l'homogénéisation du vocabulaire.
Définir et fixer un certain nombre de principes admis par tous en
ce qui concerne la mise en oeuvre de ce processus, de façon à
ce qu'il soit possible de le normaliser, de le contrôler et de le
rendre objectif. Cette mission peut couvrir l'élaboration de définitions
ainsi que la fixation de normes, de standards, de règles, de lignes
directrices et la formulation de conseils pratiques."
- Qu'une conférence internationale sur la dactyloscopie soit organisée
en 2001 par le Secrétariat général de l'O.I.P.C.-Interpol,
au cours de laquelle seraient examinées toutes les questions relatives
aux empreintes digitales et serait présenté le travail accompli
par Interpol dans ce domaine au cours des dix dernières années.
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