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20 March 2010



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Une perspective globale
Une nouvelle stratégie antiterreur
Par Ronald K. Noble
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International Herald Tribune
Mardi 3 juillet 2007
LYON (France)

Deux ans seulement après les attentats de juillet 2005 qui ont frappé Londres, les polices de tout le Royaume-Uni ont une nouvelle fois à mener une enquête de grande ampleur sur une affaire de terrorisme.

Cette fois, c’est la chance et le travail minutieux du service de déminage de la police, à quoi s’ajoute l’apparente incompétence des terroristes, qui ont aidé à empêcher la catastrophe.

Nous devrions nous estimer heureux de ne pas avoir à déplorer de morts ou de blessés graves à Londres ou à Glasgow, mais s’il nous faut compter sur la chance et sur l’incompétence des terroristes pour empêcher d’autres attentats, alors l’avenir semble bien sombre compte tenu de la menace implacable que le terrorisme fait peser sur nous.

De fait, un attentat, au Yémen, a emporté en début de semaine sept touristes espagnols, trois jours seulement après les attentats manqués du Royaume-Uni.

Parallèlement, les hommes d’Al-Qaïda, bien entraînés et rompus au combat, quitteront l’Iraq une fois la 'guerre' terminée. Faut-il rappeler combien ils sont efficaces dans les attaques quotidiennes qu’ils livrent en Iraq, tuant et estropiant des tas d’innocents – civils, policiers et membres des forces de coalition ?

Dernier exemple : pensons à la réémergence en force et meurtrière des Taliban en Afghanistan. N’était-ce pas il y a seulement quelques années que nous pensions avoir remporté la guerre contre ces tenants d’Al-Qaïda ?

Le nouveau premier ministre britannique, Gordon Brown, a souligné au lendemain des derniers attentats manqués : 'La menace terroriste est de nature à durer – et elle est tenace'.

Lord John Stevens, conseiller nouvellement nommé du premier ministre britannique sur les questions de terrorisme et président du Groupe consultatif stratégique d’INTERPOL, a ajouté : 'Al-Qaïda a importé les tactiques de Bagdad et de Bali jusque dans les rues du Royaume-Uni. Et les choses vont empirer avant de s’améliorer'.

Face à toutes ces preuves et à la certitude que le combat qui nous attend contre Al-Qaïda sera long et dangereux, on aurait pu s’attendre à ce que des mesures vigoureuses soient prises pour protéger nos frontières et nos citoyens contre ces funestes menaces.

Or au jour d’aujourd’hui, en juillet 2007, les terroristes peuvent toujours se déplacer partout en Europe et ailleurs sans crainte véritable que les agents chargés des contrôles aux frontières vérifient si leurs passeports figurent dans la seule base de données internationale sur les documents de voyage volés ou perdus qui existe au monde, et qui compte 15 millions d’entrées.

INTERPOL et plusieurs de ses pays membres ont déjà identifié des réseaux criminels organisés qui se livrent au trafic de migrants iraquiens via l’Europe et à destination des États-Unis. Les terroristes peuvent exploiter ces réseaux – et ne se priveront pas de le faire –, de même que l’impossibilité dans laquelle se trouvent les gouvernements de prendre systématiquement des mesures concernant les milliers de personnes découvertes chaque semaine en possession de tels documents frauduleux.

Mais il existe d’autres graves lacunes dans les efforts collectifs que le monde déploie contre le terrorisme. Aussi difficile à croire que cela puisse paraître, le monde ne dispose toujours pas de base de données mondiale sur les terroristes condamnés, pas plus qu’il n’existe de protocole pour signaler aux polices du monde entier les évasions de prison de terroristes internationaux.

Plus encore : peu d’étrangers, voire aucun, sur les milliers qui sont arrêtés et emprisonnés dans le monde, voient leurs empreintes digitales vérifiées dans les bases de données mondiales pour s’assurer de leur véritable identité ou voir s’ils sont recherchés par d’autres pays ou connus d’autres services de police. Mais si vous essayez d’embarquer une bouteille d’eau minérale à bord d’un avion, vous êtes arrêté net.

Bien que le monde ait apparemment compris que la volonté et la capacité d’Al-Qaïda de frapper d’un coup la ville et le jour de son choix exige des pays une riposte globale, constante et coordonnée, il n’en reste pas moins que nous n’avons pas consacré les moyens nécessaires à la satisfaction des besoins des services chargés de l’application de la loi pour réduire cette menace de façon un tant soit peu notable.

Il est temps d’agir avec fermeté. Le monde a besoin d’une structure antiterroriste forte, multinationale et multilingue, qui soit opérationnelle 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, pour mettre au jour davantage de lacunes encore dans les efforts collectifs déployés contre le terrorisme et trouver des moyens concrets de les combler.

Composée de centaines d’experts et d’analystes qualifiés du monde entier, cette structure pourrait apporter un appui immédiat aux enquêtes menées partout dans le monde, avant, pendant et après des attentats terroristes.

Ce serait une bien triste condamnation de la façon dont les gouvernements tirent les enseignements des attentats manqués ou réussis si dans deux semaines, deux mois ou deux ans, nous en étions toujours à essayer de résoudre les problèmes d’hier.

Le chef de la police antiterroriste de Londres, Peter Clarke, a déclaré que la défense de la capitale commençait souvent à des milliers de kilomètres de nos contrées – opinion à laquelle je souscris entièrement mais à laquelle j’ajouterai que la défense en question doit commencer dès aujourd’hui, sans plus tarder.

Ronald K. Noble est le secrétaire général d’INTERPOL.

 

Last modified on 2 Aug 2007 
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